Marcel Ophuls se demande quelque fois s’il n’a pas été injuste avec Maurice Chevalier, lui donnant en quelque sorte son dernier rôle : le symbole d’une France qui déclare son insouciance et sa légèreté alors que le pays est occupé. Cet usage d’une archive d’époque est symptomatique du regard ironique du documentariste. Mais faire un film sur la mémoire de la collaboration en 1969, alors que, sans réel contrepoids, domine un mythe de la résistance, autorise toutes les malices. Le Chagrin et la pitié fait certes date parce qu’il conteste vigoureusement l’image d’une France unie pendant la guerre, mais aussi et surtout en raison de la méthode suivie pour mettre en scène la démythification, qui est affaire de forme. A partir du Chagrin et la pitié, Marcel Ophuls ne cessera d’affiner un style unique dans le documentaire d’histoire : bouleversant la technique de l’interview pour faire cracher le morceau que son interlocuteur aimerait bien garder secret ; témoignant d’un art du montage à la fois rhapsodique, comme suivant le fil d’une improvisation hasardeuse, mais implacable ; et inventant cette manière pour l’auteur d’un documentaire de s’impliquer comme acteur ou personnage ironique de son film. Il le reconnait : ce n’est pas toujours très « gentil », mais c’est « efficace »…

(ré)écouter Marcel Ophuls, sa vie, son oeuvre, son siècle Voir plus
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.