Edouard Philippe va lancer vendredi prochain son parti politique dans sa ville du Havre. Il lance déjà "l'alerte" sur la question de dette, suggère la retraite à 67 ans. Il était un recours, il devient le patron d'un parti de droite.

Edouard Philippe, le 3 septembre dernier au Havre
Edouard Philippe, le 3 septembre dernier au Havre © AFP / LOIC VENANCE

A la veille du lancement de son parti, Edouard Philippe s'affiche en une du magazine Challenges : "Alerte!" avec pour sous-titre : "dette, déficit, dépenses". Son successeur va apprécier.

« Nous n’avons aucune leçon à recevoir sur les questions d’équilibre des comptes publics et de préservation de l'avenir » (Jean Castex, le 26 septembre 2021)

Le Premier ministre, dimanche dernier à Guidel. Il ne voulait pas de leçon de la droite. En voici donc une de son prédécesseur. « Je sonne l’alerte, comptez sur moi pour revenir dessus dans les prochains mois ». Edouard Philippe, sévère professeur d’économie. « Nous préférons continuer à danser au-dessus du volcan, dit-il, que de prendre les mesures drastiques qui s’imposent ». 

Lesquelles ? La retraite à 67 ans, la diminution du nombre de fonctionnaires, d’abord dans les collectivités locales, et la baisse des dépenses. Il s’attaque d’ailleurs au revenu d’engagement pour les jeunes imaginé par Emmanuel Macron. Son entourage se moque aussi du « Pass Culture », « de l’argent public pour acheter des mangas ». Il n’y a pas de doute : Edouard Philippe est resté un homme de droite, dans les pas d'Alain Juppé. 

Il reconnaît, pour la première fois, qu’un régime universel de retraite par points, il s’en passerait bien. On nous répétait qu’il n’y avait pas une feuille de papier à cigarettes entre Matignon et l’Elysée. C’est vrai : il y avait plusieurs dossiers. La fable est terminée. « La clarification bienvenue » pour les anciens socialistes et premiers marcheurs.

Pourtant jusqu’ici, Edouard Philippe apparaissait comme un recours parfaitement loyal. 

Trois ans sans la moindre petite phrase. Maintenant : des pas de côtés, des sous-entendus, des lieutenants grinçants, un soutien aussi « complet » que discret. Même ses amis ministres commencent à s’interroger : « Je vois pas bien à quoi il joue ? ».

C’est l’homme sérieux, fidèle au Président, humble face au Covid, qui a plu aux Français. Il a l’air  de scier la branche sur laquelle il était confortablement assis, pour devenir le patron d’une énième chapelle. Encore un parti politique! Les Français s’en détournent plus que jamais. Pourquoi ? Pour peser sur l’après-2022, rêver 2027, jouer des coudes avec Richard Ferrand et François Bayrou. « Non, pas du tout, il élargit la majorité, plaide un de ses conseillers. Le Président ne peut pas gagner qu’avec des affidés, tous de la même couleur ». « Avec lui, on va fracasser la droite » prédit un pilier de la macronie. C’est vrai que le président LR de la commission des finances de l’Assemblée, par exemple, Eric Woerth, porte exactement le même discours. Vendredi prochain, des élus LR sont attendus au Havre. M.le maire pense faire coup double. Aujourd’hui, pour le Président. Demain, pour lui. Le « en même temps » version Philippe. 

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