À 6 jours de sa première sortie dans l'espace, Thomas Pesquet est quasiment prêt. En duo avec Shane Kimbrough, l'astronaute français va déployer les nouveaux panneaux solaires de l'ISS. Ils ont été livrés à bord du cargo Space X 22. 3,7 tonnes de fret qu'il a fallu décharger méthodiquement.

Thomas Pequet (combinaison à bandes rouges) et Shaen Kimbrough essayent leur combinaison
Thomas Pequet (combinaison à bandes rouges) et Shaen Kimbrough essayent leur combinaison © NASA

Cette semaine a été consacrée à décharger le vaisseau cargo Space X 22 qui s'est amarré à l'ISS le samedi 5 juin. 3,3 tonnes de fret, minutieusement rangé, que l'équipage a transvasé dans la station. Matériel scientifique, affaires personnelles et surtout, attachés en extérieur, les deux panneaux solaires roulés sur eux mêmes que Thomas Pesquet et Shane Kimbrough vont installer prochainement. Les 16 et 20 juin, deux sorties extravéhiculaires sont programmées pour cette tâche. À ce jour pour l'assemblage et la maintenance de l'ISS, plus de 225 EVA ont été réalisées par les astronautes.

THOMAS PESQUET : "Il y a un ordre très précis pour vider le cargo. C'est toute une chorégraphie, dictée comme d'habitude par le centre de contrôle. Il y a un ordre logique parce qu'évidemment les choses ne sont pas toutes accessibles. Il y a plusieurs couches et en plus des choses plus ou moins prioritaires. Il y a évidemment les expériences réfrigérées qu'il faut transférer assez rapidement et puis il y a une question de centre de gravité. Si nous avions une urgence au milieu du déchargement, imaginons par exemple un feu, il faut que le Dragon soit capable de repartir et de faire une rentrée atmosphérique contrôlée, ce qui suppose que son centre de gravité soit à peu près au bon endroit et les masses équitablement réparties. Donc on ne peut pas vider tout un côté à la fois puis l'autre. Il suffit de suivre le document et ça se passe très bien".

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Y avait-il du fromage dans cette livraison ? Des surprises ? Du courrier ?

"Non, pas de fromage cette fois-ci ! Il me reste deux ou trois chances avant la fin de la mission d'en voir arriver. On a quand même eu pas mal de ravitaillement, on a eu du courrier des familles. J'ai eu quelques t-shirts de mon frère, de ma famille, de mes amis, des petits clins d'œil et du chocolat ! Plein de goûts différents, une grosse collection. C'est très sympa et ça va bien m'occuper mes collègues et moi donc on n'a pas à se plaindre. Et la motivation pour décharger le véhicule, c'est que tous ces trucs là, c'était quand même tout au fond donc il a fallu 15 heures de boulot passées à décharger tout le reste pour arriver jusqu'à la dernière couche où on a trouvé tous les cadeaux ! Malin le gars de la NASA qui a empaqueté tout ça !"

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Quel est l'objectif de vos sorties dans l'espace ? Comment allez-vous vous organiser ?

"La préparation a commencé il y a longtemps déjà. On va sortir tous les deux avec Shane comme il y a quatre ans lors de ma première mission. La seule différence c'est que j'aurai la combinaison à bandes rouges, celle du chef, celui qui est plus impliqué. En fait on tourne pour prendre chacun son tour la responsabilité, donc cette fois c'est moi. L'idée c'est d'aller installer de nouveaux panneaux solaires déroulants et dépliants. Ils pèsent chacun 350 kilos et sont assez impressionnants du point de vue mécaniques. On va les déplacer du Space X 22 à l'extrémité de la station à bâbord. On va les installer la tête en bas, avec la terre au dessus de nous et une fois installés, ils augmenteront la puissance électrique à bord de la station de 20 à 25% , ce qui est loin d'être négligeable"

Y a t-il une appréhension au moment de sortir dans le vide? 

"Oui il y a une appréhension. On n'a pas envie de faire une erreur. Ce sont des années et des années de boulot pour des centaines de personnes, entre les gens qui ont travaillé sur la conception de ces panneaux solaires, toutes les entreprises impliquées, les répétitions en piscine... On n'a pas envie de faire une erreur et de casser un équipement qui a couté 1 million de dollars. On n'a pas l'impression de risquer sa vie en permanence mais la sensation de lâcher la station et d'être simplement relié par une longe, cette espèce de chute lente, quand on lâche les mains et que l'on voit la station qui s'éloigne en tombant tout doucement, c'est très désagréable. Etre accroché avec deux doigts à l'ISS et regarder vers le bas le vide de 400 km sous mes pieds, ça ne me fait rien car le cerveau a bien compris qu'on n'allait pas tomber. En revanche, le fait de mettre une longe et de lâcher ses deux doigts et de partir dans le vide total très lentement, ça c'est très désagréable. La première fois que je l'ai fait, je n'étais pas fier!"

A t-on le temps de profiter de la situation lors de ces sorties ? 

"C'est une journée très longue. Elle commence à 5h 1/2 du matin parce qu'il faut faire des paliers de décompression pour sortir de la station. On va d'une pression importante à une pression d'un tiers dans le scaphandre. Si elle était supérieure, le scaphandre serait rigide et on ne pourrait pas bouger dedans ni fermer les mains ou les bras. C'est comme en plongée, les paliers prennent un temps fou car il faut gérer les équipements. Les collègues qui nous aident à nous mettre en configuration travaillent aussi beaucoup pendant cette phase. Une fois qu'on est prêt, on commence vraiment la sortie vers midi. Puis on rentre vers 19 ou 20h et on est complètement fourbus physiquement. Pendant la sortie, il faut faire attention à ne pas aller trop vite, prendre le pas du randonneur. Parfois on attend, par exemple si on est en avance sur son collègue et que l'on doit synchroniser une action. Ou bien si on a connecté quelque chose et qu'on attend la validation du centre de contrôle. Dans ces moments là, on s'arrête quelques minutes et on a du temps pour soi. On se retourne, on regarde un peu la terre, on prend des photos, on a un peu le vertige (rires). Il faut essayer d'en profiter. Lors de ma première sortie, Shane m'a incité à faire une pause. On était tellement motivés qu'au bout de 2 heures et demi, on n'avait pas levé le nez du guidon ! Il m'a dit, 'arrête quelques minutes Thomas et prends le temps de profiter'. Cette fois-ci, quand je serai sur le bras robotique, suspendu par les pieds à 17 mètres de la station, suspendu dans le vide, je pense que j'aurais le temps d'admirer un peu la terre.