La NASA a choisi Thomas Pesquet pour remplacer Mark Vande Hai lors de la prochaine sortie extravéhiculaire, destinée à installer un support de panneau solaire. Ce sera la 4ème sortie dans l'espace en 4 mois pour l'astronaute français.

Le cargo ravitailleur Dragon #23 en approche de l'ISS
Le cargo ravitailleur Dragon #23 en approche de l'ISS © NASA

L'ISS a été ravitaillée par un nouveau vaisseau cargo cette semaine. Chargé de matériel scientifique et d'équipements divers, le Dragon 23 de Space X restera arrimé à la station un mois, le temps que l'équipage réalise les nombreuses expériences livrées. Cette fois-ci, lors du déballage, cotillons et surprises sont apparues... De quoi fêter dignement les 50 ans de Megan Mac Arthtur la seule femme du bord.

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"Le cargo a apporté les petites attentions pour Megan. Cela fait partie de notre allocation personnelle, ce n'est pas du fret en plus. Un ballon gonflable, des bougies, comme c'est la seule fille de l'équipe, chacun s'était un peu décarcassé pour qu'elle ait quelque chose de spécial. Elle était contente ce qui est chouette. Et puis pour le reste, 2, 2 tonnes de ravitaillement et d'équipements scientifiques. Le ravitaillement est composé comme d'habitude des vêtements, de la nourriture de l'équipage suivant. Quand ils arriveront (notamment mon collègue allemand Mathias Maurer), ils auront déjà la nourriture qu'ils auront choisi, le thé, le café , leurs habits, les équipements de sport comme nous. Tout ça arrive en avance c'est normal et beaucoup d'expériences scientifiques comme toujours".

Pouvez-vous parler de quelques unes d'entre elles?

Autant Cygnus est plus spécialisé ravitaillement avec peu d'expériences à bord, autant Dragon, c'est le contraire car comme il revient au sol, il y a beaucoup d'expériences qui montent avec lui et redescendent avec lui. On les réalise et on renvoie immédiatement les échantillons et les résultats pour que les scientifiques puissent en disposer. Cela leur permet d'aller plus vite dans leurs recherches. Pour l'ESA, on a eu des ICECUBES. Ce sont des petits modules, des petits cubes qui donnent accès à l'espace à de petites entités commerciales, des universités . C'est du petit format qui permet d'accélerer la recherche afin que ce ne soit pas un grand pataquès qui prend 5 ou 10 ans. Si ça tient dans le format d'une espèce de rubik's cube, ça permet d'accélérer la recherche. L'un des deux concerne l'étude de la magnétosphère de la Terre avec de la technologie quantique, l'autre le diabète. Une autre expérience de l'ESA, du CNES et NASA, c'est DECLIC. C'est de la physique fondamentale. Il s'agit d'étudier les fluides supercritiques. Cela correspond à un quatrième état de la matière; ni solide, ni liquide, ni gazeux.  Quelque chose qui a des propriétés à très haute température et pression et qui permettrait de faire de la combustion "propre" sans émettre de CO2, ce qui a évidemment un intérêt pour lutter contre le réchauffement climatique.  

On a aussi une expérience sur les surfaces anti-bactériennes de l'ESA. C'est important en cas de pandémie par exemple puisque ça empêche des contaminations. On a aussi une expérience sur les matériaux pour obtenir des métaux plus solides, plus légers, des alliages particuliers.  Et ça ce n'est que pour l'ESA. Il faut ajouter les expériences NASA et JAXA (agence spatiale japonaise ndlr). J'ai installé aujourd'hui une expérience sur les plantes par exemple pour étudier leur développement en milieu extrême.  Donc tout ça c'est assez dense d'autant qu'on a des sorties extra véhiculaires qui arrivent dans la même période."

Vous avez été désigné pour remplacer Mark Van DeHai lors d'une prochaine sortie dans l'espace. Pourquoi?

"C'est une sortie imprévue oui mais on est toujours prêt en cas de besoin à endosser le rôle. Cette sortie devait être réalisée par Aki et Mark, mon collègue de la NASA or il a une douleur persistance dans l'épaule et le cou. Les médecins lui ont fait faire des tests pour tenter un diagnostic. Ils ont dû envisager le pire et le temps qu'il se remette, ce qui aurait pu prendre jusqu'à 8 semaines. Donc, faute de pouvoir évaluer sa force, Mark a proposé de lui-même et de façon très professionnel d'être remplacé si la NASA jugeait cela plus pertinent. Cela pouvait être Shane ou moi or Mark et moi avons la même taille donc c'est plus logique que ce soit moi, d'autant que la NASA souhaite réaliser vite cette sortie ou du moins dans un délai raisonnable et c'est donc moi qui vais le remplacer".

Une telle sortie non préparée est-elle plus difficile ?

"Oui, une sortie improvisée est plus difficile. Un astronaute américain m'avait expliqué quand j'étais jeune astronaute que lui-même avait fait sur un vol de navette la chose que tout le monde veut faire avant mais plus jamais refaire ensuite c'est à dire la sortie improvisée, au dernier moment où on te dit "tu sors demain". Sur le moment, on se dit qu'on va être le héros du moment mais une fois qu'on la fait , on ne veut plus jamais le refaire car on réalise à quel point c'est compliqué.  Donc là, on a quand même 2 semaines pour se préparer. Je viens de faire 3 sorties et je n'ai pas tout oublié. En plus c'est l'endroit où j'ai travaillé lors des 3 dernières sorties donc je sais à quoi ça ressemble. On va construire le support sur lequel nous on a installé notre  panneau solaire donc je connais l'environnement. Si on rate notre mécano, je le verrai tout de suite. Mais oui, je devrais faire attention puisque je connais moins la procédure, que je ne suis pas familiarisé avec l'équipement.... Donc peut-être que j'irai plus lentement, que je poserai plus de questions.  Mais le leader sera Aki. Lui s'y prépare depuis longtemps donc il ne devrait pas y avoir de problème". 

L'inspection des scaphandres est essentielle avant une sortie. Et un soin particulier est apporté aux gants. Pourquoi ?

Vérification des outils à utiliser pendant la prochaine sortie dans l'espace
Vérification des outils à utiliser pendant la prochaine sortie dans l'espace / NASA/ESA

Oui pour le scanphandre on a deux parties: les systèmes c'est à dire le ventilateur qui fait tourner la circulation d'air, un filtre pour le CO2, une circulation d'eau pour le chauffage à l'intérieur du scaphandre. Donc c'est plein de systèmes techniques à vérifier. On a un livret sur le bras pour balayer les procédures. Tout cela est préparé dans les moindres détails. Et l'autre partie, ce sont les dommages mécaniques éventuels sur le scaphandre. Le scenario catastrophe ce serait d'être percuté par une météorite ou un déchet spatial à l'extérieur de la station. C'est comme prendre une balle de fusil puisqu'on se déplace très vite et le débri aussi. Si deux balles de fusil se rencontrent ça fait beaucoup d'énergie. Ensuite on utilise beaucoup nos gants pour se déplacer sur des sufaces métalliques. On essaie de faire en sorte qu'elles ne soient pas abrasives mais il y a des endroits sur la station où une micro météorite a tapé et a plié un peu de métal à l'impact et cela peut provoquer une micro coupure sur les gants. Cela arrive même si c'est rare. Dans le pire des cas, on pourrait se faire un trou dans le gant. Comment repère t-on une micro fuite? On le verrait car on verrait l'oxygène diminuer. La pression à l'intérieur du scaphandre diminue et même si on a de l'oxygène de secours (l'équivalent de 2 fois la pression d'une bouteille de plongée). Un trou de 5mm ou 1 cm ne nous laisserait que 20 à 30', même en balançant tout l'oxygène de secours. C'est d'ailleurs pour cette raison que l'entrainement en piscine vise à respecter ces 30 minutes. Il faut être capable d'effectuer un sauvetage en 30' et c'est bien vu de faire moins. Le sauvetage consiste à ramener un astronaute qui fait semblant d'être inconscient. C'est comme trimballer un lamentin en piscine d'une main en se déplaçant de l'autre main!  La note éliminatoire c'est si on n'arrive pas à le faire en moins de 30 minutes. On doit alors répéter jusqu'à y arriver".