Alors que le Congrès Mondial pour la nature s'achève à Marseille, Thomas Pesquet rappelle à quel point l'espace contribue à la surveillance de l'environnement. Les satellites fournissent désormais l'essentiel des données scientifiques. Les astronautes, depuis l'ISS, complètent par les photos.

L'ouragan IDA vu depuis la station spatiale internationale
L'ouragan IDA vu depuis la station spatiale internationale © NASA

Pollution, déforestation, fonte des glaciers, surexploitation minière... À 400 km d'altitude, les dégâts anthropologiques fait à la Terre sont visibles. Le contraste entre clichés magnifiques de la la planète bleue vue de l'ISS et les dégradations qu'on lui fait subir est un moyen fort selon Thomas Pesquet de sensibiliser le public et les décideurs à la nécessité d'agir. 

À Marseille, les spécialistes de la biodiversité ont voté plusieurs résolutions pour protéger les écosystèmes et les populations qui y vivent. Depuis la station spatiale, l'astronaute a posté clichés et messages.

Des champs agricoles irrigués en zone désertique
Des champs agricoles irrigués en zone désertique / ESA/NASA Thomas Pesquet

"Ce que je fais, c'est d'essayer de personnifier un peu l'état de l'environnement. Ce sont des problèmes globaux qui se produisent à des échelles qui dépassent tout le monde. C'est normal, on n'est pas fait pour raisonner à de grandes distances, de grandes échelles de temps. On est fait pour raisonner à l'échelle humaine et individuelle, sur ce qui nous touche, ce qui nous entoure. Aller dans l'espace permet de prendre du recul, de mettre ces phénomènes globaux - un océan entier, une forêt amazonienne entière- à l'échelle de ce que peuvent ressentir ou percevoir les sens d'un humain. J'essaie d'incarner ça avec ma vision, en disant "regardez, voilà un ouragan vu du dessus. On en voit toutes les semaines en ce moment, ce n'était pas comme ça avant". Même si scientifiquement ce témoignage n'est pas recevable car ce sont les données des satellites qui fournissent les preuves scientifiques, c'est un message moins aride. C'est ça qu'on essaie de faire. Quelque part, j'ai l'impression que ça rend les choses plus réelles que ce soit un témoin, une personne à la vigie du navire qui prenne les photos et dites "attention, il y a ça qui se passe". Le fait que cela fasse réagir les gens à ce point là , qu'ils adhèrent à ce point là, cela incite à des comportements vertueux mais je pense aussi que ça va pousser les décideurs à agir".

Vous avez évoqué avec le commissaire européen Thierry Breton récemment la pollution de l'air. La voyez-vous vraiment depuis l'ISS ?

"On la voit vraiment. Au dessus de grandes villes comme Mexico, Pékin, la plaine du Pô en Italie, le nord de l'Italie, Milan, Turin... ce n'est pas toujours joli, joli. C'est difficile à photographier car il y a toujours une couche de nuages qui rend les photos pas nettes. On le voit oui on le voit. Encore une fois avec un œil humain mais grâce aux flottes de satellites, on sait désormais mesurer tout type de concentrations de gaz qu'on a dans l'atmosphère et en faire des cartes colorées. Et quand le rouge apparait, on sait que ce ne sont pas des zones où il fait bon habiter. On espère que les décideurs politiques vont tenir leurs engagements de la COP 21. En tous cas, malheureusement, depuis l'espace on voit tout ça".

Et la fonte des glaciers ? Où voyez-vous de la neige en ce moment par exemple ?

"Il y en a dans l'hémisphère sud. Pas grand chose au Nord. On survole souvent la Patagonie en ce moment de jour et on en parlait avec mon collègue Mark l'autre jour (Van de Hai, astronaute de la NASA) en comparant nos photos de glaciers. Sur une mission de 6 mois, très honnêtement, on ne voit pas d'évolution ou de tendance notable sur un glacier mais année après année , hiver après hiver, on voit vraiment la différence. Ça se mesure très nettement. C'est d'ailleurs l'un des objectifs scientifiques. Parmi les objectifs optionnels qu'on a  tous les jours, il y a la possibilité de photographier des points précis fournis sur une carte de navigation de l'ISS. L'idée est que les scientifiques regroupent tout ça sur des années et peuvent conclure clairement que les glaciers reculent et qu'il y a moins de neige qu'autrefois".

L'Asie du nuit. On aperçoit un éclair d'orage et des lumières de navire en pêche
L'Asie du nuit. On aperçoit un éclair d'orage et des lumières de navire en pêche / Thomas Pesquet ESA/NASA

Demain, vous réaliserez la 4e sortie dans l'espace de votre mission. Quel est le programme ?

"C'est du mécano de l'espace. On va monter un support, celui des panneaux solaires déroulants que Shane et moi avons installés lors des 3 premières sorties. Il faut bâtir un support puisqu'on rajoute des panneaux qui n'étaient pas prévus au départ. C'est du mécano au sens où on sort avec un grand sac, plus grand que moi puisqu'il dépasse le scaphandre qui lui même mesure 2 mètres ! Dedans, il y a des barres de métal, les pieds, les bras, une plaque sur laquelle vient s'installer le panneau, on va connecter tout ça, c'est comme monter un meuble IKEA mais dans l'espace (rires). Ensuite on a un déperditeur statique à connecter. Il nous permet d'égaliser le potentiel électrique de l'ISS parce qu'elle n'a pas de masse, de prise de terre comme dans un avion. Il est tombé en panne. Il est sur le dessus de la station et a la forme d'une grande croix. Et enfin, comme d'habitude, il y a toute une floppée de petites tâches additionnelles que l'on fera si on a le temps mais qui ne sont pas obligatoires. Et cette fois-ci, on aura la caméra 360° sur le bras robotique qui va filmer la sortie extravéhiculaire. C'est un test que fait la NASA qui devrait donner de belles images".

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