Pour permettre l'amarrage prochain du vaisseau Starliner de Boeing, l'équipage a dû modifier l'emplacement de son vaisseau Crew Dragon. Il s'agit de changer sa place de parking. Pas si simple à faire. Mais l'occasion de vérifier que tout fonctionne bien.

Vue de la Terre depuis l'ISS
Vue de la Terre depuis l'ISS © ESA/NASA- Thomas Pesquet

"Ce n'est pas aussi simple que de changer sa place de parking. Le Dragon pendant notre séjour à bord de l'ISS est vraiment intégré à la station. Il reçoit l'énergie électrique,  l'air et partage la filtration du CO2. Tout ça est intégré mécaniquement et électriquement. Il a donc fallu défaire tout ça et mettre en configuration notre radeau de sauvetage. Le Dragon est le véhicule qui sert en cas d'urgence. Il a donc fallu sortit tout ce qui se trouvait dedans, dont les affaires de Shane qui l'utilisait comme chambre à coucher. Tout a été planifié, calculé et puis le jour J arrive. On  enfile nos combinaisons. On se prépare comme pour un départ car si l'on ne parvient pas à se redocker (s'accrocher de nouveau à l'ISS ndlr) , c'est le retour sur terre.  Donc, on teste l'étanchéité, on ferme les sas des deux côtés, on désinstalle tout, on fait le vide entre les deux sas puis on ouvre les crochets qui assurent l'étanchéité des joints entre le Dragon et la Station. Ensuite, par sa propulsion, le Dragon recule un peu. Il n'y a pas alors de navigation. Petit à petit, le capteur laser à l'avant du Dragon va reconnaître la station et les réflecteurs de la station vont permettre de  déterminer sa position. La manœuvre de retrait s 'arrête quand on est à environ 60 m. Ensuite, on va tout simplement faire le tour de l'ISS en montant. On se placer sur le dessus pour l'approche finale.  On  redéploye notre système d'amarrage avec des ressorts pour amortir le petit choc que constitue la rencontre de la station et du Dragon, avant l'approche finale. On a vécu exactement la même séquence en arrivant à la station. On réinstalle les crochets, on réintègre tous les systèmes, on reconnecte tout. Et puis on sort du sas. C'est comme un nouveau départ pour la mission. On a eu l'impression de revivre l'arrivée à bord. C'était sympa". 

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Vous entriez encore dans vos combinaisons? Pas trop à l'étroit?

"Non pas trop à l'étroit. Elles sont assez seyantes nos combinaisons, elles moulent pourrait-on dire parce que Space X a eu le souci de les rendre pas trop moches. Tant mieux!  Nous, on se disait qu'on avait un peu grandi dans la mesure où on sait que la colonne vertébrale peut s'allonger un peu en impesanteur. Tester de nouveau les combinaisons, c'est bien, ça nous a rafraichit la mémoire. Cela faisait trois mois qu'elles n'avaient pas servi or c'est un système complexe. Il faut un peu d'habitude. Donc, pas de souci, elles restent confortables.  La prochaine fois qu'on les enfilera, ça devrait être pour rentrer sur terre dans quelques mois". 

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Ce chassé-croisé de vaisseaux en plein été, est-ce inédit ? D'autant qu'on parle d'une fin d'exploitation de la station en 2024.

"Oui, cela fait beaucoup de vaisseaux. Je ne sais pas si la station sera bientôt en fin d'exploitation. On parle de 2028 quand même donc ça va sans doute s'étendre un petit peu. On a quand même dix bonnes années devant nous.  Nous attendons le module MLN ou NAUKA des russes. Il est, c'est vrai très en retard. Il devait être lancé en 2012 et a eu beaucoup de problème. On est  super content car c'était un peu l'Arlésienne du plan de vol. On ne savait pas si on allait finir par le voir un jour car sa date de lancement était toujours "à confirmer". Finalement,  il est parti dans l'espace. Quant au Progress, c'est un vaisseau ravitailleur. Le Dragon aussi et le Starliner, c'est un nouveau vaisseau. Il es aussi un petit peu en retard et son arrivée tombe en même temps. Tout ça nous donne un été avec le chassé croisé des vaisseaux spatiaux et un embouteillage, le genre de "bons" problème qu'on aime bien avoir. C'est plusieurs raisons qui confluent au même moment et qui conduit à ce qu'on ait un vaisseau toutes les 2 semaines. C'est une coïncidence car il peut se passer 3 mois sur la station sans mouvements". 

Cette semaine, Jeff Bezos a réalisé son vol orbital avec Blue Origin. Quelle est la différence avec un vol vers l'ISS ou la Lune?

"Ce sont vraiment deux choses différentes. L'espace est défini par une altitude de 100 km. Alors évidemment, il y a une petite bagarre sur la définition, notamment côté Branson puisque lui n'a pas réussi à passer au dessus des 100 km. Donc il a choisi une définition où la limite était un peu plus basse. Mais surtout c'est le vol orbital qui est important. Le vol orbital, ça veut dire que si on fait rien, si on suspend la propulsion du vaisseau, on va rester autour de la Terre, on tourne, on est suspendu en fait et pour cela il faut de l'altitude mais surtout de la vitesse. C'est vraiment toujours le même exemple: si on lance une balle de tennis très, très fort, on a l'impression qu'elle va tout droit mais au bout d'un moment, elle redescend et touche le sol. Si on tape plus fort, la balle va redescendre un peu plus loin. Si on tape vraiment vraiment beaucoup plus fort, encore plus loin. On voit donc bien que c'est la vitesse qui fait que si on arrive à une vitesse, le temps que la balle retombe, la terre devient ronde tellement on va vite et loin. Et du coup, en fait, on ne touchera jamais le sol. On va tomber autour de la terre. C'est ça, le vol orbital. C'est tombé autour de la Terre. Donc, il faut aller au pour qu'il y ait d'obstacles, pour pas qu'il y ait tellement de frottements sur l'atmosphère. Mais il faut surtout aller très, très, très, très, très vite. C'est pour ça qu'on a besoin d'une fusée pour faire ça. C'est pour ça qu'un vol suborbital, ça fait une grande courbe, une grande parabole, mais où on va forcément retomber sur terre très, très vite, alors qu'en vol orbital, on ne retombe jamais. On le voit bien avec nous qui sommes dans la station depuis des mois et la station qui est dans l'espace depuis des années. 

Le vol suborbital que ce soit avec Virgin Galactic ou Blue Origin, ce n'est ni plus ni moins la même chose que ce qu'on fait en avion avec Novespace à Mérignac (un avion affrété par la société Novespace pour réaliser des vols paraboliques destinés aux expériences scientifiques, ndlr). La différence c'est que l'impesanteur dure plus longtemps et qu'elle n'est pas répétée. C'est juste une grande courbe, alors qu'avec l'avion, on en fait une trentaine, une trentaine de plus petites courbes. Au final, on passe plus de temps en impesanteur totale en faisant un vol parabolique, qu'en faisant un vol suborbital comme ont pu le faire MM Branson et Bezos". 

Les Etats-Unis et le Canada sont de nouveaux la proie des flammes, la Belgique et l'Allemagne victimes d'inondations. Avez-vous vu ces phénomènes depuis l'SS?

"Oui, malheureusement, on voit les feux. Comme d'habitude, on ne regarde pas forcément toujours à la fenêtre, mais parfois le sol nous demande de regarder surtout en cas de catastrophe naturelle. On a quand même des marqueurs sur le planning. Cela ne remplace pas nos activités mais cela nous indique qu'à ce moment là, il se passe cela, vous allez passer au dessus et si vous avez l'occasion, prenez des photos.  On l'a fait notamment pour les feux de Californie ou en Arizona surtout. Moi, ce qui m'a vraiment impressionné, c'est que l'on a vu les cendres de ces feux de grande intensité aller jusqu'à la stratosphère, par l'action des vents de haute altitude. Les cendres se retrouvent propulsées extrêmement haut et elles sont ensuite  dans la stratosphère. La stratosphère, c'est comme un couvercle de marmite. En fait, tous les phénomènes atmosphériques se passent en dessous. Au dessus, il n'y a plus rien. Et donc moi, j'ai essayé de prendre une photo un peu mauvaise parce que c'était à la dernière minute et que le hublot n'était pas bien orienté, mais vraiment cette espèce de poussière dans la haute atmosphère qui marquait une espèce de bulle, je ne l'avais jamais vu avant. Ça m'a mis un petit temps avant de comprendre que c'était des cendres qui étaient montées aussi haut. Donc c'est dire l'amplitude que peuvent avoir ces phénomènes. Les inondations? Malheureusement, non, on ne les a pas vu car en ce moment, on a des passages de nuit au dessus de l'Europe.

C'est sûr que témoigner de tels phénomènes depuis l'espace est important. Parfois, ça aide  pour les secours, pour organiser les choses. C'est aussi le boulot des satellites, des satellites d'observation et de communication, des chartes entre agences qui s'activent les unes les autres en cas de catastrophes naturelles. Et nous, on essaie d'apporter notre petite pierre à l'édifice depuis la station spatiale". 

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