La deuxième sortie extravehiculaire de Thomas Pesquet et Shane Kimbrough s'est déroulée avec succès. Le premier panneau solaire a pu être déployé. Toutefois, pour le second, il a fallu programmer une troisième sortie.

Shane Kimbrough et Thomas Pesquet en train d'installer les nouveaux panneaux solaires
Shane Kimbrough et Thomas Pesquet en train d'installer les nouveaux panneaux solaires © NASA

Et de 3 ! Le duo Pesquet/Kimbrough a réalisé hier une troisième sortie pour boucler le programme de pose des nouveaux panneaux solaires. Avant d'achever ce nouveau marathon de 6h30 dans le vide spatial, l'astronaute français nous a détaillé la complexité de ces travaux mais aussi la facilité avec laquelle les panneaux, une fois connectés, entrent en service. Thomas Pesquet savourait la réussite de la deuxième sortie, moins éprouvante que la première.

"La deuxième sortie a été plus facile, c'est vrai. Honnêtement, la première a été extrêmement éprouvante. Peut-être parce qu'on ne savait pas à quel point elle allait l'être, mais d'avoir à manipuler cette énorme masse qui ne pèse rien mais dont l'inertie est telle qu'il faut être concentré en permanence. On ne peut pas lui laisser prendre le moindre mouvement sinon elle nous emporte. Il faut en permanence la contrôler ce qui conduit à serrer tout le temps les abdos, les muscles des jambes et des bras, donc c'était assez tendu. Sans compter le "tour" en bras robotique... on ne peut pas faire plus vertigineux. Ne tergiversons pas : on est attaché par les pieds au dessus de 400 kilomètres de vide. Ce sont de petites attaches qui tiennent les talons et ça tient à vraiment pas grand chose, donc il faut avoir confiance dans le système évidemment. Au final, on n'a pas réussi à tout faire mais on a beaucoup bossé pour que ça marche, donc on était complètement éreintés après la première sortie. Lors de la deuxième, on a tout réussi et je pense que psychologiquement, le fait que tout marche diminue la fatigue. Et puis la sortie a duré une heure de moins."

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Entend t-on le déroulement des panneaux solaires?

"Le déroulement n'est pas sonore. Dans l'espace, il n'y a pas de particules de gaz pour vibrer et transmettre par la vibration le son. On pourrait, un peu comme les Indiens qui écoutent les troupeaux qui courent au loin en collant leur oreille au sol, écouter les vibrations qui se transmettre dans la structure de l'ISS. Malheureusement nos casques nous en empêchent. On n'entend donc pas grand chose mais c'est visuellement spectaculaire. C'est vrai que c'est presque décevant. Une fois les panneaux déployés on voudrait un feu d'artifice, une belle conclusion et puis non ça se déroule tout doucement dans le silence. Même au centre de contrôle, ils nous ont dit qu'ils ne savaient pas trop à quel moment applaudir. Le déroulement a pris 6 minutes en tout. Est-ce qu'on applaudit au début, à la fin ? Je pense que c'est qu'une fois que tout sera fini, que tous les panneaux seront installés et qu'ils nous donneront de l'électricité qu'on applaudira mais ce n'est pas avant vendredi soir (hier soir, ndlr)". 

Comment se fait la connexion ?

"Immédiatement en fait. On a contrôlé le surcroît d'énergie apporté parce qu'on a connecté directement les câbles sur les panneaux solaires. On est obligé : pour mettre en dérivation les nouveaux panneaux, il a fallu débrancher directement les câbles qui arrivent des vieux panneaux. Il n'y a pas de transformateur, autant dire que si du soleil arrive sur les panneaux, il y a du courant qui passe dans les câbles à haute tension. Donc on a fait ça de nuit pour être en sécurité et dès qu'on a connecté et qu'on est passé au jour, cela a fourni 10 KW d'un coup. Donc quand on en aura installé 6, on aura 60 kilowatts. C'est pas mal au final". 

Comment se passe la surveillance de votre consommation électrique?

"Nous n'avons pas de compteur, mais évidement tout est encadré. Au pied des panneaux solaires on a des batteries qui se chargent ou se déchargent au gré de l'éclairement. On a 120 volts du coté US, Europe et Japon. Coté russe on a toujours du 28 volts, qui est le standard de l'aéronautique. Au sol, un ingénieur spécifique a pour tâche de surveiller la consommation électrique. L'activité qui consomme le plus d'énergie c'est la recherche sur les métaux. On a des fours qui permettent de faire fondre des métaux. En petite quantité bien sûr mais cela demande énormément d'énergie. On en a trois : un japonais, un européen et un américain et il est impossible de les faire fonctionner tous les trois à la fois. C'est un à la fois. Même si la recherche scientifique est le but de l'ISS, en cas d'urgence, l'énergie prioritaire va aux systèmes vitaux qui permettent de communiquer avec le sol, de veiller à la propulsion etc. C'est donc un boulot à temps plein le contrôle de l'énergie sur l'ISS"

Question de vie quotidienne : le lavage de dents ça se passe comment?

Connexion des panneaux avant qu'ils ne soient déroulés
Connexion des panneaux avant qu'ils ne soient déroulés / NASA

"En apesanteur c'est comme sur terre, sauf qu'on n'a pas d'eau. Donc on avale le dentifrice, une fois les dents brossées. C'est le petit bonbon à la menthe comme dit un astronaute américain. Peut-être qu'à la fin on redescend avec une dose de fluor un peu plus importante mais c'est comme ça que ça se passe et on ne s'en porte pas plus mal ! "

Est-il vrai que votre microbiome est dégradé par le séjour spatial?

"Oui c'est exact. Les microbes et les virus sont plus actifs dans l'espace que sur Terre et ce qu'on sait du microbiome des astronautes, c'est qu'il est malheureusement un peu dégradé et notamment le microbiome de la peau. Si on regarde bien, beaucoup d'entre nous ont des problèmes de peau. Ca peut être des boutons, un peu comme l'acné ou des rougeurs, des irritations et je me rappelle avoir eu ça pendant mon premier vol. On essaie évidemment de trouver des moyens que ça aille mieux et nous garder en bonne santé comme les futurs voyageurs qui irons plus loin."

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