Ce soir dans Modern Love, on parle d'orphelinage et de deuil avec Léa Scherer, orpheline de père et de mère, elle a perdu ses parents à deux grands âges de sa vie : au début de l'adolescence et de sa vie adulte. Elle est la créatrice du compte instagram “Mémoires d'Orpheline”, et prépare un documentaire sur le deuil.

Illustration pour son compte Instagram de Léa Scherer : "Mémoires d'orpheline".
Illustration pour son compte Instagram de Léa Scherer : "Mémoires d'orpheline". © Getty / Thanasis Zovoilis

C’est une idée à laquelle on se prépare à défaut de pouvoir s’y faire : on survit le plus souvent à nos parents. Une fois énoncée, cette généralité biologique et statistique semble rude, froide, clinique. Forcément. Elle escamote aussi l’histoire si particulière et pourtant universelle des orphelins.  

Des enfants ou des jeunes adultes dont on ne sait pas grand-chose faute de les écouter et même de les compter correctement. Car ni le recensement ni l'état civil ne comptabilisent les décès parentaux. Pour savoir combien d’enfants grandissent endeuillés, il faut compiler des tableaux de l’INSEE, estimer au doigt mouillé, et tolérer donc de rester flou, sur une réalité cruelle de netteté pour qui y est confronté un jour. 

Léa Scherer a perdu ses deux parents, le premier quand elle avait 11 ans, le second quand elle en avait 19. A 25 ans, elle a commencé à raconter sur un compte Instagram comment elle a reçu ces deux drames, qui l’ont esseulée, évidemment, ralentie, aussi, transformée, au bout du compte.

Comment se relever de la mort d'un parent lorsqu'on est encore jeune ? Pourquoi le vécu des jeunes orphelins est encore par trop méconnu ?

Léa Scherer a créée sur Instagram le compte Mémoires d'Orpheline, en novembre 2018, aux alentours de la Toussaint. C’est un compte sur lequel elle poste des billets courts, sous une photo issue de ses albums de famille. Le récit intime de ce qu'elle appelle « l’itinéraire d’une orpheline du XXIe siècle ». Elle a perdu son père quand elle avait 11 ans et demi, sa mère quand elle avait 19 ans. Tous les deux ont été emportés par un cancer...

Ce sujet pose la question de la manière dont on s’adresse aux enfants pour leur expliquer la maladie, la mort... Comment leur dire l’irrationnel, l’injustice du cancer… dire assez sans en dire trop… rendre compréhensible par un enfant ce qu’un adulte lui-même ne peut pas s’expliquer…

En France, on ne comptabilise pas vraiment les orphelins, on a même du mal à en donner une définition démographique, mais aussi sociale. On ne sait pas très bien dire à partir de quel âge on peut considérer qu’une personne est orpheline, ni même si ça concerne les personnes qui ont perdu un ou deux parents.

Pourquoi exige-t-on aux orphelins d'être discrets sur le sujet ? Pourquoi cette injonction à être sobre et élégant quand il s’agit de deuil ? A ne pas pas « casser l’ambiance » ?  

A l'école, sur les fiches de renseignement que les enfants remplissent à l’école en début d’année, aucune case n’est prévue pour les élèves dont au moins l’un des deux parents est décédé. Sur le plan administratif, ils sont catégorisés dans les familles monoparentales, sans différences avec les enfants de parents divorcés.

28% des adultes ayant perdu un parent pendant l’enfance ne sont titulaires d’aucun diplôme, contre 17% sur l’ensemble de la population.

Quelle est la valeur et la place des objets que l'on garde (les alliances de ses parents, le béret de son père, l'ours en peluche de sa mère, les photos...) qui deviennent de fait, totémiques, des années après ? Ne risquent-ils pas de prendre trop de place ?

Avec la mort d'être chers, on acquiert une mémoire très précise des lieux, du contexte, des dates… De quelle manière ces dates (les anniversaires de ses parents, de leurs morts...), s’incarnent-elles dans la vie de tous les jours ? Les a-t-on en permanence en tête lorsque l'on est orphelin ou orpheline ?  

La note vocale

Chaque semaine, un auditeur nous confie par téléphone ce qu’il fait, écoute, lit, regarde, visite ou cuisine pour ne pas s’abimer dans le blues dominical… Le film, la flânerie, l’appel à un ami ou encore la vidéo de chaton qui réconforte.

Cette semaine on écoute Camille, son arme anti-spleen : ne rien faire et se laisser bercer par une playlist ad hoc. 

Vous pouvez nous laisser votre note vocale sur notre répondeur 01.56.40.28.10 ou en nous écrivant : modernlove@radiofrance.com.

L'amour de l'art

Chaque semaine, une personnalité se confie a propos d’un livre, d’un film, d’un roman qui selon elle dit, chante, ou raconte le mieux l’amour.

Cette semaine le chanteur Hervé se confie si joliment à propos du film Casablanca, de 1942, de Michael Curtiz, avec Ingrid Bergman et Humphrey Bogart.

Hervé, « sorcier de la pulsation » comme le dit Didier Varrod, a sorti son tout 1er album HYPER, cette année. France Inter vous en parle juste ici !

S'aimer comme on se quitte, la chronique de de Lorraine de Foucher

Le premier et le dernier jour dans la vie d’un couple d’amoureux. Le premier parce que tout s’y joue, le dernier parce que tout s’y perd.

Aujourd'hui Lorraine de Foucher, journaliste au Monde, nous raconte l'histoire de Paul, 35 ans on récit commence quand il a 20 ans : il n’a, à ce moment là, pas encore eu de relation sexuelle.

Pour vos témoignages : premierjourdernierjour@gmail.com. A lire ici dans sa rubrique du Monde.

La programmation musicale :

  • Aloe Blacc – I Need A Dollar
  • Arlo Parks – Green Eyes
  • Hervé – Le premier jour du reste de ma nuit
Les invités
  • Léa Scherercréatrice du projet “Mémoires d'Orpheline”
L'équipe
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