la réputation d’insécurité n’a pas entamé le succès de marseille, capitale européenne de la culture 2013
la réputation d’insécurité n’a pas entamé le succès de marseille, capitale européenne de la culture 2013 © reuters

Il y a pratiquement un an, jour pour jour, le 5 octobre 2012, 15 policiers de la BAC-jour de Marseille sont mis en examen, 7 passeront même quelques semaines en préventive. Des policiers accusés d’avoir racketté des dealers. À Marseille, l’affaire fait l’effet d’une bombe. Enquête au coeur de la police marseillaise.

Ce sont des policiers d’élite, rompus aux tâches les plus dangereuses, aux opérations de maintien de l’ordre dans des quartiers difficiles. Ceux que l’on appelle les Baqueux sont accusés d’avoir extorqué à des dealers, de l’argent et de la drogue pour leur bénéfice personnel. Nous sommes au mois d’octobre 2012 et l’affaire de la BAC nord éclate au grand jour. Jacques Dallest, procureur de la République de Marseille, parle de "gangrène" et lance, devant la presse, des accusations gravissimes, énumérées le 2 octobre 2012.

60 fonctionnaires sont rapidement livrés à la vindicte populaire, sous le feu des caméras. Le 8 octobre, c’est au tour de Manuel Valls d’envoyer un grand coup de pied dans la fourmilière. Le ministre de l’Intérieur fait montre d’une grande sévérité, en se basant sur des rapports d’écoutes qui se veulent accablants.

Via les micros dissimulés dans une demie douzaine de véhicules de police, on entend des fonctionnaires rebaptisés "Grand Seb", "le Poulpe", "Petit Jean" ou encore "Cheveux long" évoquer leurs prétendues prises de guerre.

La fin de la BAC Nord

Très vite, la BAC nord est dissoute, et le service de brigade anti-criminalité de Marseille est totalement réorganisé.

La BAC est désormais placée sous un commandement unique, une réorganisation qui s’imposait, selon Pierre Marie Bourniquel, le directeur départemental de la sécurité publique, installé à Marseille à la veille de l’explosion de l’affaire. Une cellule de déontologie est mise en place au sein de la police marseillaise.

Plutôt léger !

Depuis, le ménage a, dit-on, été fait. Mais les policiers de la BAC nord de Marseille sont-ils responsables de toutes les dérives dont on les a accusés ? Aujourd’hui, le doute s’installe.Marc La Mola, ancien de la BAC, livre son vécu dans un livre, "Le sale boulot". Il y avoue avoir été tenté par le suicide. Un flic à bout, qui comprend que certains aient pu déraper.

Un an après ce mois d’octobre cauchemardesque pour la police marseillaise, les premiers conseils de discipline se tiennent, dans une indifférence qui contraste avec les remous médiatiques d’octobre 2012.

Les peines sont dérisoires : entre deux mois de suspension ferme pour les plus dures, à sept jours ferme pour les plus légères. 15 policiers ont été mis en examen, certains pour des faits qui relèvent de la grande criminalité ("infraction à la législation sur les stupéfiants" et "vols en bande organisée"). Sept policiers passeront même sur la case "Prison".

Instruction à charge ?

Des policiers accusés du pire et qui, pourtant, continuent d’exercer : c'est toute l'étrangeté de cette procédure, que beaucoup dépeignent comme instruite exclusivement à charge.

Et le premier procureur c’est Didier Cristini, patron de la police des polices marseillaises. Il est le premier à alerter la hiérarchie de cette bombe à retardement avant d’être, très rapidement, et pour le moins étrangement, nommé à Nice. Quant à Sebastien Bennardo, un autre baqueux qui a raconté les derniers jours de la BAC dans un livre ("Brigade anti-criminalité, un flic qui brise l'omerta"), il estime avoir payé pour avoir parlé. Il a été révoqué, chassé pour avoir parlé de "choses vues, au quotidien". Celui qui a révélé l’affaire vit désormais de petits boulots, principalement la nuit, histoire "de ne pas croiser ses anciens collégues".

Oui, l'affaire de la BAC a ébranlé toute la police marseillaise. Même si depuis, le calme y est revenu, petit à petit. Comme la poussière qui retombe après une explosion.

Laurent Grolée

L'équipe
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