Denis Allex
Denis Allex © Radio France

Il n’y a jamais eu autant d’otages français. Quinze citoyens français sont actuellement détenus par des jihadistes, dont huit entre les mains d’Al Qaeda au Maghreb Islamique et sept prisonniers de Boko Haram.

Et ce, au moment où le gouvernement affiche une fermeté qu’on ne lui connaissait pas. La France aurait aujourd'hui choisi de ne plus négocier, d’employer la manière forte, même si ça na jamais été dit clairement. Depuis 2009, il y a eu quatre tentatives de libération d’otages. Toutes se sont terminées par des morts : le voilier Tanit, en Somalie, en 2009 (mort du skipper) ; Michel Germaneau, mort en 2010 après une opération franco-mauritanienne pour le libérer ; Niamey, 2011, deux jeunes français sont enlevés par Aqmi et tués dans les combats entre des soldats français et leurs ravisseurs... Et il y a deux mois, Denis Allex.

Pourquoi l’opinion publique accepterait-elle mieux aujourd’hui que le sang puisse être versé au lieu d'une rançon ?

Parce que chacun comprend bien que la bourse, c’est renflouer les caisses des jihadistes. La bourse, c’est quand notre confrère Hervé Ghesquière, détenu par les talibans en Afghanistan, raconte que Nicolas Sarkozy lui a dit : l’argent, ça on sait faire.

Quant à la vie, c'est accepter que des ressortissants français la perdent lors de tentatives de libération. Et c’est un vrai message, notamment pour Alain Chouet, ancien directeur du renseignement de la DGSE.

Discours difficile à entendre et à dire

Pour les familles d’otages, "c’est inhumain", déclarait la semaine dernière l’ancienne prisonnière des Farc en Colombie, Ingrid Betancourt. Mais si on se dégage du poids émotionnel, explique Eric Dénécé, directeur du centre français de recherche sur le renseignement, l’échec d’une libération d’otages est une notion à relativiser.

Une fois que le principe du "on ne paye plus" est adopté, c'est le chef de l’État qui décide, pas le gouvernement. C’est la DGSE qui monte ce que ses agents appellent un dossier d’objectifs.

Pour les spécialistes, chaque otage est un cas particulier, chaque ravisseur est un cas particulier. Les codes sont différents entre les talibans afghans et les jihadistes sahéliens. D’ailleurs, certains estiment qu'il ne faut même pas être clair quant à la position officielle de la France.

Que font les autres pays ?

Les anglais ne négocient pas, et envoient les SAS. Les algériens ne négocient pas. Les israéliens ne négocient pas, les Russes non plus. Faut-il aller jusque là ? Pas forcément pour Pierre Martinet, ancien soldat du service Action. Pour lui, la meilleure méthode, c'est : on négocie, on paye, on récupère les otages… et on engage ensuite des représailles.

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