C'est un sujet sensible et qui inquiète les autorités françaises : ces Français, parfois mineurs, qui partent en Syrie pour faire la guerre. Géraldine Hallot est allée à la frontière turco-syrienne, là où se fait le passage vers le Djihad.

Le phénomène se serait accéléré ces derniers mois selon le ministre de l’Intérieur. La France est même l'un des pays européens où les candidats au Djihad sont les plus nombreux. Il y a aujourd'hui en Syrie 250 Français. Ils ont été enrôlés dans les groupes Djihadistes qui combattent Bachar Al-Assad. Ils sont parfois très jeunes, comme les deux adolescents toulousains de 15 et 16 ans dont on a beaucoup parlé, et que leurs familles ont pu récupérer en Turquie le mois dernier.

Au loin, Atmé, côté syrien
Au loin, Atmé, côté syrien © Radio France / Géraldine Hallot

Bükülmec est le dernier village turc avant la frontière. À 200 mètres, derrière un champ d'oliviers et une rangée de fils barbelés, on voit la Syrie. Plus précisément le village d'Atmé, actuellement sous le contôle des djihadistes de Jabaht Al Nosra.

Nous y avons rencontré un passeur turc, qui a aidé de nombreux européens à passer la frontière et notamment des Français.

Le passeur nous dit que les combattants français sont tous habillés de la même façon : longue barbe et survêtement pour les hommes, niqab pour les femmes.

Il nous donne aussi leur itinéraire : Istanbul, puis Antakya, puis la ville frontière de Reyhanli, où deux hôtels les accueillent en toute discrétion.

Au Kent Hotel, le refuge de l'apprenti djihadiste

C'est un modeste établissement, encore en construction, que tous les futurs combattants connaissent. Ils se donnent le contact entre eux. Le propriétaire n'a pas l'air ravi de nous voir. Mais il accepte tout de même de nous parler des combattants européens de passage chez lui.

Le Kent Hotel, l'adresse que se transmettent les apprentis djihadistes
Le Kent Hotel, l'adresse que se transmettent les apprentis djihadistes © Radio France / Eric Damaggio

Chez les djihadistes, on trouve deux profils.

Ceux, dont on parle plus souvent mais qui ne sont pas les plus nombreux : les jeunes, parfois mineurs. Radicalisés en quelques semaines sur Internet, et partis en Syrie avec seulement un ou deux contacts en poche.

Parmi eux, Nora, 15 ans, qui a quitté Avignon le 23 janvier dernier, et qui se trouverait justement à Atmé, au nord de la Syrie. Fou d'inquiétude, son frère aîné, Foad a débarqué à la frontière turco-syrienne pour tenter de la retrouver.

Selon lui, Nora a été influencée par de nombreuses vidéos d'enfants syriens tués par les troupes de Bachar Al-Assad.

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"Nous sommes tous prêts à sacrifier nos vies"

Abou Shaheed, djihadiste français
Abou Shaheed, djihadiste français © Radio France

À l'autre bout du spectre, il y a les "djihadistes professionnels". Des Français qui gravitent dans la mouvance salafiste depuis plusieurs années.

C'est le cas d'Abou Shaheed, bientôt 30 ans, arrivé en Syrie il y a 10 mois. Il ne nous dira pas son vrai nom, ni d'où il vient, ni comment il est arrivé dans la région d'Alep. Mais il nous livre la propagande du groupe avec lequel il combat, l'Etat islamique en Irak et au Levant.

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Ce sont évidemment les profils comme Abou Shaheed qui inquiètent le plus les autorités françaises. Elles craignent le retour en France de ces combattants fanatisés et aguerris. Les services de renseignements sont sur les dents : la région parisienne, Lyon, Toulouse ou Strasbourg sont particulièrement surveillés.

Pourtant sur place, les combattants français sont rarement à la pointe des combats... Faute de maîtriser l'arabe. Certains sont cantonnés aux tâches ménagères ou à la logistique. D'autres partent effectivement au front. D'autres encore sont invités à s'inscrire sur une liste de kamikazes. Comme le dit un soldat blessé de l'Armée Syrienne Libre : "Plutôt que des djihadistes qui se font exploser, que l'Europe nous envoie des armes et un vrai soutien politique".

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