Ce fut court mais juste. Un acte salué par tous, avocats, syndicalistes, associations. Le début d’une mini-révolte des parquets contre un productivisme pénal stupide et dangereux exhorté par l’Etat lui-même.

En février 2011, après le meurtre de Pornic, le garde des sceaux enjoignait les procureurs à être beaucoup plus stricts sur l’application des peines de moins de deux ans.

C'est l'exécution de ces peines que Philippe Muller, procureur de Dunkerque, a un temps décidé de différer jusqu'à septembre.

Il dénonçait une situation de sur-occupation dans la maison d’arrêt, avec des matelas par terre, des dortoirs de 16m2 où s’entassent 11 détenus pour 8 places théoriques, des problèmes d’hygiène.

Evidemment, la situation de Dunkerque n’a rien d’exceptionnel en cette période de record historique du nombre de personnes incarcérées.

64 971 détenus au 1er juin dernier. 80% des maisons d’arrêt dépassent actuellement leur capacité d’accueil. Certains établissements atteignant même un taux d’occupation de 180%.

En l’occurrence, le procureur de Dunkerque s’inscrivait bel et bien dans son rôle de gardien des libertés individuelles, lorsqu’il a décidé, dans les conditions actuelles, de reporter l’exécution de certaines peines.

Mais face à la pression de la Chancellerie, il a reculé. Dommage.

On va donc continuer à surcharger les prisons. Et à voir se multiplier les condamnations par l’Europe et les tribunaux administratifs pour « conditions de détention n’assurant pas le respect de la dignité inhérente à la personne humaine ».

On voit l’état d’une démocratie à la façon dont elle traite ses femmes, ses minorités, ses animaux, et ses détenus.

D’un côté, l’Etat caresse les victimes dans le bon sens populiste du poil, au détriment du droit des détenus, de l’autre, le citoyen s’engouffre dans ce que Robert Badinter appelle la loi d’Airain, la réticence des "honnêtes" citoyens à voir les conditions des prisons s'améliorer alors que celle des plus défavorisés est si basse.

Une seule solution pour mettre tout le monde d’accord : envoyer, comme le propose Ségolène Royal et l’UMP, les détenus mineurs en camps militaires.

Et les détenus majeurs ? En Lybie.

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