Ah, franchement ça fait plaisir de le voir comme ça Claude Guéant ! Vraiment ! Il est content comme tout, fier comme un coq, notre ministre de l’Intérieur ! Et franchement, y’a de quoi !

Déjà, il a voulu faire mieux que son petit camarade Hortefeux, en fixant le nombre de reconduites d’étrangers en situation irrégulière à 30 000. Mais en plus, on peut être sûr qu’il va y parvenir.

Il l’affirme : « À ce jour, sur les sept premiers mois de l’année, nous avons déjà reconduit 17 500 étrangers en situation irrégulière, soit 4% de plus que l’année dernière ».

Quel talent ! Et ce n’est pas fini, il ajoute : «grâce aux instruments nouveaux que donne la prolongation de la durée de rétention administrative, nous pouvons être plus efficaces ». Enfermer les gens plus longtemps, on aurait quand même dû y penser avant, nom d’une pipe ! Et pas parce qu’ils ont commis des délits, hein, c’est ça qui est fort !

Nan, nan ! Respect Claude ! “Give up Guéant” !

Non, parce qu’on a tendance à oublier à force de les nommer comme on les nomme, genre « sans-papiers », ou euh « étrangers en situation irrégulière » que ce sont des êtres humains comme vous et moi ! Voyez, ce n’est pas comme si Claude Guéant gérait un fret de porte-manteaux, ce qui ne serait pas exceptionnel, quoi.

Non, non, on parle bien d’êtres humains. Ah non, chapeau l’artiste ! Le 5/7 lui colle un, allez, un AAA+. Et paf !

Et ce n’est pas fini : si Claude Guéant, parvient à atteindre son objectif de 30 000 expulsions en 2011, attention les yeux ! Il s’agirait, messieurs dames, et c’est pas moi qui le dit, c’est « cloclo » : du «meilleur résultat historiquement enregistré » par la France. Un record pareil, franchement, ça ça nous donnerait envie de chanter la Marseillaise !

Bon évidemment, on connaît le coût humain de la politique de reconduite aux frontières : automutilations, suicides, défenestrations, noyades. Les sans-papiers préfèrent crever que de se livrer aux forces de l’ordre ou de regagner le pays qu’ils ont fui, où effectivement ils ont aussi de fortes de chances de mourir. Mais bon, faut bien mourir de quelque chose, hein ?!

Et puis je suis sûre que Claude Guéant, lui, il nous parlera pognon, c’est tellement tendance.

Parce que moi je me pose quand même une question : est-ce qu’il est possible de chiffrer la valeur globale de la lutte contre les sans-papiers ? On se sert la ceinture, donc bon, y’a pas de petites économies, hein ?!

Or chaque année depuis 2006, la question est posée, et chaque année, la Cour des comptes ou le contrôleur du budget y renoncent, faute de réponse.

Tout est fait pour qu’en la matière, ce soit parfaitement illisible. C’est dommage, Guéant veut du chiffre ? Bah nous aussi on veut du chiffre ! Combien ça coûte par exemple, les embuscades à la sortie des écoles par des policiers qui ont sans doute d’autres chats à fouetter que de se tapir dans l’ombre ? Combien ça coûte les gardes-à-vues, les séjours prolongés en centre de rétention, les passages obligés et les escortes pour obtenir le laissez-passer des pays d’origine, devant des consulats qui n’existent parfois qu’à Paris ? Combien ça coûte des avions affrétés pour trois personnes à l’aller (l’expulsé et les deux flics) et les deux au retour, les prestations hôtelières pour les accompagnants ?

Non, sûr qu’avec Claude Guéant, on va enfin connaître le coût réel pour le contribuable de la chasse à l’homme au 21ème siècle.

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