Et c’est reparti pour la « fichier-mania » à l’UMP. De mémoire et à la volée comme ça : on se souvient

  • du fichier qui recensait les interdictions de stade de foot

  • du fichier Éloi pour ficher les sans-papiers ; annulé faute de constitutionnalité

  • du fichier ADN. Thierry Mariani déjà !

  • du fichier ethnique Stic-Canonge qui établissait une jolie palette de couleurs pour le signalement de personnes recherchées. Une palette allant du Caucasien au Mélanésien, en passant par l’Eurasien, l’Amérindien, l’Africain-antillais, l’Indo-pakistanais, le métis-mulâtre et le gitan. Et oui, vive le métissage !

  • mais encore : le fichier MRENS, justement, qui recensait les Roms. Illégal celui-ci.

  • du fichier Edwige pour les mineurs, les militants et les syndicalistes.

Que voulez-vous, chacun son truc. Y’en a qui collectionnent les timbres.

À l’UMP, ce sont les fichiers. Bon.

Fichiers-philes à ma droite donc, et bonne conscience stérile à ma gauche. Gauche qui joue bien sûr les vierges effarouchées depuis deux jours - visée électoraliste oblige - autour de la polémique concernant le fichier, non pardon le « Répertoire national commun de la protection sociale ». Le fameux fichier destiné à recenser les allocataires sociaux pour démasquer les fraudeurs.

Non seulement ce projet défendu par Thierry Mariani, fondateur de la Droite populaire, et validé par Xavier Bertrand, ne date pas d’hier et remonte à 2007, mais surtout, on s’étonne qu’il n’ait pas été mis en place avant ?! Ficher les allocataires sociaux, établir des connexions entre les différents fichiers existants et lutter contre la fraude sociale n’a en soit rien de moralement répréhensible. Bien au contraire. C’est tout ce qu’il y a de plus normal.

Le problème, comme toujours, c’est l’idéologie qui le sous-tend. Et les mots du discours qui le porte. Évidemment, ça commence à déraper quand on pointe ouvertement une catégorie sociale. Et en l’occurrence : ce sont bien ces salops de pauvres qui sont visés ! Allez savoir pourquoi les pauvres ça excitent les riches ? Et la droite n’en finit pas d’exploiter le filon.

Au moment où le Samu Social est amputé d’une grande partie de ses moyens par le gouvernement alors que le prix des logements et le chômage collent des familles entières à la rue, et après que Laurent Wauquiez a qualifié le RSA de « cancer de l’assistanat », quand la philosophie de cette allocation est justement tout le contraire, insister et partir ouvertement en guerre, comme l’a fait Mariani, contre « la fraude du bas » est carrément flippant.

Surtout quand la fraude des employeurs est quatre fois supérieure à celle des allocataires. Eh oui, la majorité des fraudeurs est le fait des entreprises qui ne reversent pas les cotisations patronales et salariales en raison du travail au noir.

Avouez que ça aurait quand même plus de gueule de s’attaquer à ces fraudeurs aux prélèvements sociaux que de tomber à discours raccourcis sur la majorité des braves gens qui aspirent surtout à sortir de la spirale de l’exclusion.

Nos fichier-philes sont précarophobes. Raison de plus pour appliquer cette règle de savoir-vivre dans la jungle néolibérale : ce n’est pas parce qu’on n’a pas d’argent, qu’il faut vivre comme les pauvres !

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