C’est bien connu, la Vierge Marie a enfanté le petit Jésus et la Pologne.

Du coup, les Polonais entretiennent un culte aveugle à la maternité. Et la seule féministe qu'on a le droit de cité est la Vierge.

En 1956, l’Eglise polonaise acceptait que le droit à l’IVG soit inscrit dans la loi à condition qu’il n’y ait pas d’éducation sexuelle à l’école. Soixante-cinq ans plus tard, le droit à l’IVG en Pologne est l’un des plus restrictifs d’Europe avec Malte, et l’éducation sexuelle est une catastrophe. De 10 heures à 15 heures seulement par an contre cent heures de cours de religion. Une poignée d’heures donc, où il est surtout question de contraception naturelle - la bonne vieille méthode du grand-père, je ne vous fais pas de dessin, où l’on promet une grave dépression nerveuse après un avortement qui de toute façon préviendra tout autre grossesse et où il est dit que le préservatif ne protège pas du Sida.

Seul un film est diffusé partout : « le cri du silence ». C’est l’échographie d’une heure pratiquée sur une femme qui se fait avorter à onze semaines de grossesse par aspiration. Un très bon film d’horreur, au demeurant.

De fait, le besoin de pureté de la société polonaise qui se manifestait autrefois par l’antisémitisme s’est reporté sur ce que les Polonais appellent les « déviances sexuelles ».

Et les femmes ont perdu la bataille, car l’Eglise a négocié l’entrée de la Pologne dans l’Europe en échange du silence contre l’avortement.

Une diplomatie du silence toujours en cours : le 1er juillet, la Pologne prenait la présidence de l’UE, tandis qu’au même moment, le Parlement polonais discutait de l’interdiction de l’avortement, y compris dans les cas d’inceste, de viol, de malformation du fœtus ou de danger pour la santé de la femme. Cas dans lesquels, l’IVG est actuellement autorisé.

Selon le Ministère de la Santé, seuls 538 avortements ont eu lieu cette année.

Et pourtant, en Pologne le taux de natalité est l’un des plus bas de l’UE, c’est donc que les femmes maîtrisent leur fécondité. Selon les quelque organisations féministes, c’est bien plus de 200 000 IVG qui sont pratiqués chaque année.

Et pour cause, avorter en Pologne c’est simple comme un coup de fil. Dans tous les journaux, même dans ceux de la droite traditionnelle, on trouve partout des petites annonces de gynécologues à peine codées. Du style : « Dr Zjysk : provocation des règles ».

A 500 euros l’avortement, l’IVG illégal est un vrai business pour les toubibs. Aucune raison donc de militer pour son assouplissement : le discours le plus libéral qui a cours en Pologne est de défendre la loi telle qu’elle est.

Allez un petit sophisme de bon matin pour se mettre en jambe : "La Pologne aime l’Europe mais la Pologne n’aime pas les femmes. L’Europe aime la Pologne, donc l’Europe n’aime pas les femmes ?!"

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