Philippe Besson entrecroise deux destins brisés à Los Angeles, le jour de l'élection d'Obama.

Une journée particulière. Le jour de l’élection de Barack Obama, vécu par tous les Américains comme un événement historique important - peut-être l’anti-11 Septembre -, deux êtres que tout sépare vont se rencontrer à Los Angeles. Deux êtres, deux solitudes. La ressemblance avec le film d’Ettore Scola s’arrête là. Mais elle nous permet déjà de relever, dans Une bonne raison de se tuer, le double écho des précédents romans de Philippe Besson : une écriture cinématographique et l’absence de tout pathos, même quand il s’agit de traiter les situations les plus désespérées.

Est-elle d’ailleurs désespérée, cette Laura Parker que nous avons croisée tant de fois dans ces coffee shops aux États-Unis ? C’est à peine si nous l’avons regardée quand elle nous resservait. Cette femme entre deux âges, méticuleuse, un peu vieillotte dans sa manière de se vêtir, souriante et mélancolique.

Désespérée ? Entre quatre murs, Laura Parker étouffe. Elle a été jetée dans le grand bain de la survie lorsque son mari l’a congédiée après vingt ans de bons et loyaux sévices. Forcée d’abandonner la maison familiale (ce home que l’on se doit ici d’avoir en prime et en subprimes), elle vivote dans un petit deux-pièces. Son univers s’est rétréci d’un coup. Sans avertissement. Ou plutôt si, et c’est ce qu’elle va tenter de comprendre tout au long de cette journée.

Philippe Besson
Philippe Besson © Radio France / éditions Julliard

En voyage professionnel au Brésil, Samuel meurt subitement dans le taxi qui le conduit à l'aéroport où il devait prendre l'avion pour Paris et retrouver sa compagne. À travers le récit de cette dernière, le lecteur est confronté à la poignante épreuve de la perte d'un être cher, depuis le coup de téléphone fortuit qui fait basculer la vie, jusqu'à la lente reconstruction de soi pour redevenir «le plus vivante possible». Ainsi prostrée dans la douleur, comme absente d'elle-même, la narratrice tente, sans démonstration excessive, mais comme une dernière tentative pour cerner l'inacceptable, d'approcher le corps dans sa composition anatomique et organique. Dans une langue d'une bouleversante sobriété, Lise Benincà raconte le retour à l'existence et au sentiment rassurant de faire partie d'un mouvement où les oiseaux partent en hiver et reviennent toujours au printemps.

Lise Benincà
Lise Benincà © Radio France / Joëlle Losfeld

DISQUE DE LA NUIT Emilie SimonFranky Knight Barclay

Emilie Simon
Emilie Simon © Radio France / Barclay
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