« Elvire et Jeremy » de Pierre de Vilno, paru le 3 novembre dernier aux éditions Heloïse d’Ormesson.

Pierre de Vilno
Pierre de Vilno © radio-france /

Improbable rencontre. Elvire partage la vie d’une femme, et Jeremy préfère la compagnie des hommes - et pourtant ils sont aimantés l’un par l’autre. Mais la passion les consume et leur liaison est aussi douloureuse qu’une séparation. Écartelés, les deux amants préfèrent s’étourdir dans les bras de conquêtes furtives, privilégiant le plaisir des sens aux tourments de l’amour.

Pierre de Vilno peint une jeunesse libérée, mais néanmoins égarée.

Sismographe des émotions, il capte l’humeur du temps, cette impossibilité de l’amour dans une société où tout est possible. Son récit libertin se déguste comme une coupe de champagne. Les séquences érotiques ajoutent un charme trouble à ce premier roman.

« Jeremy repousse Elvire. Il la fait tomber. Les larmes qu’il est en train de vivre, il les a redoutées depuis un an. La colère qu’il vient de libérer aussi. La violence qui apparaît, là, sans même qu’il en ait conscience, est à la hauteur de tout ce qu’il a donné. Il la regarde avec souffrance mais c’est l’amour surgi du passé qu’il projette. Elvire se relève, avec l’aide de quelques passants, mais leur dit que ce n’est rien. Elle regarde Jeremy comme jamais elle ne l’a regardé. »

Le portrait de roman de la semaine : "J'ai douze ans..." d'Inès de Kertanguy paru chez Hugo&Cie.

Inès de Kertanguy
Inès de Kertanguy © Hugo&Cie /

J'ai douze ans... est le récit de deux années de captivité, deux années d'enfer. Non désiré, il est rejeté par sa mère qui l'a toujours frappé; sa situation empire quand un homme s'installe chez eux et qu'un petit frère naît, l'enfant chéri. Le jour où il est enfermé dans un placard poubelle situé tout en haut de la maison, c'est presque un soulagement. Il est seul, sale, mal nourri, mais au moins les coups cessent. Le vasistas pour ciel, il rêve en regardant les nuages. Un roman bouleversant, qu'on ne lâche pas, qui vous prend à la gorge de la première à la dernière ligne.

Extrait : "Je suis le Petit Poucet qui a chaussé les bottes de sept lieues, les bottes de l'ogre. D'un pas je franchis les rivières, les collines, les forêts, d'un saut les villages, les montagnes. Je ne marche pas, je vole et, à ma surprise, je m'aperçois que je ne suis pas le Petit Poucet mais un géant, une sorte de Gulliver. De ma hauteur, le monde me paraît minuscule. Quand je veux m'asseoir, je dois faire très attention car, pour moi, les vaches sont plus petites que des souris. Pour m'amuser, j'en soulève une par la queue, je la regarde, je l'écoute meugler et je la repose, mais avec précaution car je suis un bon géant. Entre mes jambes écartées, deux chevaux caracolent. J'en prends un, il piaffe, il rue, ses sabots frappent le creux de ma main, mais je ne sens que de légers picotements, presque des chatouillements. Quand je suis debout, je peux toucher les nuages avec la main. Si je pointe un doigt et que je le tourne lentement, toujours dans le même sens, le nuage s'y enroule comme une barbe à papa. J'ai goûté tous les nuages : les blancs sont à la vanille, les gris à la réglisse. Je préfère les roses, mais ceux-là je ne les trouve qu'au lever ou au coucher du soleil. Ils ont le goût de la fraise, quelquefois de la cerise, mais seulement quand ils se colorent de rouge les jours de grand vent. Les plus rares sont les nuages d'orage, mauves parfumés à la violette, ils sont mes préférés. Je suis un géant et un géant heureux. Vus d'en haut, le monde, les gens ne me font plus peur. Je m'amuse à les regarder s'agiter, des vrais pantins ! Je cherche un village et dans ce village une maison ; quand je la trouverai, j'en soulèverai le toit comme un couvercle pour regarder ce qui se passe à l'intérieur et je délivrerai le garçon qui est enfermé dans la soupente, tout en haut de la maison. Je regarde autour de moi, par ici les villages se ressemblent, mais celui-là je le reconnaîtrai entre tous. Je cherche... soudain il me semble apercevoir le clocher, la place et, un peu à l'écart, en bordure d'un champ, la maison. Je me penche, je retiens ma respiration, j'avance la main, délicatement entre mes deux doigts je pince le toit..."

Le disque de la nuit : "High Flying Birds" de Noël Gallagher paru chez Pias en octobre 2011.

Titres diffusés : "The death of you and me", "Dream on", "Aka...what a life"

Les coupds de coeur de la semaine :

  • "Loup y-es-tu ?" d'Alexis Lecaye aux éditions du Masque

  • "Les filles de l'Ouragan" de Joyce Maynar aux éditions Philippe Rey

  • "Le petit Audiard illustré" aux éditions du Nouveau Monde

  • "Le chiffre des soeurs" d'Antonio Piazza aux éditions du Rouergue

  • "Trois Géants" d'Henry Troyat chez Omnibus

  • "Aimer voir. Petits et grands moments de l'histoire de l'art" aux éditions Hazan

  • "L'évangile des assassins" d'Adam Blake chez M.A éditions.

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Vincent Pichon-Varin

Noctiluque

Jean-Baptiste Gendarme

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