Depuis le début du confinement, jamais la langue des signes n’aura été tant mise en avant à la télévision. Un interprète double en effet, en direct, chaque prise de parole officielle.

Et puisque France Inter se mobilise, en ce 1er mai, pour les travailleurs « en première ligne », rendons hommages à ces femmes (ce sont majoritairement des femmes), que la télévision met désormais en lumière. 

17 mars, Emmanuel Macron à l’Elysée. A sa droite, les drapeaux français et européens. A sa gauche, en médaillon, l’interprète du jour. 35 millions de téléspectateurs. La langue des signes prend une place à part entière dans le dispositif télévisé des grands messes nationales et ne la lâchera plus. Il était temps. La communauté des sourds et malentendants conserve le traumatisme de 2015. Les attentats de Charlie Hebdo. La vie du pays suspendue pendant 72 heures. La France se masse devant la télévision. Rien n’est traduit en langue des signes, les voici exclus de ces trois jours d’actualité.   

La vraie bascule, à leurs yeux, date du discours de Mulhouse. Le confinement a débuté depuis 10 jours. Emmanuel Macron prononce son discours depuis un camp militaire. Sa traductrice, Rachel Frery, coprésidente de l’association françaises des interprètes en langue des signes, n’apparaît pas dans une petite fenêtre de l’écran. Elle se tient physiquement dans le même espace que le Président. Une première. Un symbole puissant et une victoire pour son métier. 

D’autant que les sourds et malentendants sont nombreux à connaître des difficultés de lecture, voire à souffrir d’illettrisme. Les sous-titres ne peuvent donc pas remplacer la langue des signes… Or, la télévision française s’avère très en retard en la matière. Les programmes accessibles en langue des signes n’augmentent qu’au compte-goutte. La traduction est beaucoup plus développée aux Etats-Unis, en Allemagne et en Grande-Bretagne.

Pourtant, nos pouvoirs publics font mieux, aujourd’hui, que les Américains. Le point quotidien de Jérôme Salomon, directeur général de la Santé, est systématiquement traduit en langue des signes. Alors que la conférence de presse quotidienne du gouverneur de New York ne l’est pas. Le très charismatique Andrew Cuomo se voit trainé en justice par une association de personnes sourdes vivant à New York. Elles réclament un interprète et attaquent pour violation de la loi sur le handicap, arguant d’une discrimination à leur égard. 

Ce matin, Emmanuel Macron a lui aussi dérogé à la règle qu’il s’était fixée, postant une vidéo sur son compte Twitter, courte allocution de 1er mai. Elle s’avère sous-titrée au lieu d’être traduite. La communication politique ne connait pas de jours fériés, les interprètes, eux, y ont droit !   

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