Les Archives des Vosges ont lancé un projet #mémoiredeconfinement. L’idée, collecter des traces de nos quotidiens confinés à usages des futurs historiens.

Des dessins d’enfants, des photos, des posts Facebook, des captures d’écrans Instagram, des poèmes, des journaux intimes, des lettres, des mails, des enregistrements sonores, des blogs. Tout ce qui traduit des moments de vie durant l’épidémie. Le titre du projet porte un « hashtag », mais ne se résume pas aux réseaux sociaux. Les documents de toutes natures sont les bienvenus au centre d’Epinal dans les Vosges. En revanche, le « hashtag » traduit combien le numérique simplifie et amplifie la collecte d’archives. Combien, aussi, il fait naître des pièces nouvelles qui s’ajoutent à la construction de la mémoire.

Car la mémoire EST une construction. Elle n’est jamais neutre. Récemment, des chercheurs de toute l’Europe signaient dans Libération la tribune de deux historiennes de l’université de Genève, appelant les pouvoirs publics conserver des archives sur le Covid-19. Mais attention, pas seulement des données sanitaires et des carnets de bords ministériels, également tout ce qui aura constitué les journées d’une population habituellement invisibilisée. Soignants, caissières, livreurs ou familles lambda subissant le confinement. Ce texte est un manifeste pour une histoire sociale, pour « la mémoire ordinaire d’une période extraordinaire » qu’il ne faudra pas reconstituer plus tard uniquement à travers le point de vue des dominants.   

Qu’on se le dise, le choix de ce qu’on archive influe directement sur la représentation d’une époque. Pour cela, les Archives de votre ville, de votre département ou de votre région ont besoin de vous. 

Car à l’instar des Vosges, les collectes fourmillent dans toutes la France. Le portail national des Archives recense les différentes initiatives et vous renvoie vers les sites des centres locaux qui indiquent la marche à suivre. L’Aube, l’Yonne, la Creuse, le Gard, les villes de Nantes, Antibes, Aubervilliers, Dijon… ou encore le #SaintéMémoireDeConfiné, Sainté pour Saint-Etienne ! Le Val de Marne s’adresse à ses habitants : « Participez à l’écriture de notre histoire. Partagez votre quotidien avec nous, il deviendra la mémoire de demain ! ». Le centre des Vosges promet de tout « conserver pour l’éternité ». 

Au niveau national, les Archives du monde du travail, installées à Roubaix, interpellent patrons, services des ressources humaines, syndicats, mais aussi simples actifs pour documenter le séisme vécu à toutes les échelles et dans tous les métiers. Partout, on recueille, on amasse, on trie. L’épidémie constitue ce que l’anthropologue Marcel Mauss appelait un « fait social total ». Les leçons qu’on va en tirer dépendront beaucoup de ce qu’on va en raconter.

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