"Animal Crossing", c’est le jeu vidéo à succès depuis le début du confinement. En apparence, un monde naïf et enfantin. En réalité, le lieu d’un capitalisme acéré !

"Animal Crossing", littéralement « le carrefour des animaux », jeu de gestion Nintendo et phénomène au Japon depuis longtemps. Nous en avons déjà parlé dans cette chronique. A première vue, c’est « nunuche land ». Un monde aux couleurs acidulées, plein de petits personnages animaliers, « kawaï » comme disent les Japonais, avec des maisons à construire, des parties de pêche, des chasses aux œufs la semaine de Pâques. Pas de chômage partiel, pas de traçage, pas de pénurie, pas de contamination… Albin le lapin et ses amis, le refuge virtuel pour échapper à un monde sans pitié. 

Enfin… c’est sans compter le marché aux navets du dimanche matin, les prix – variables et aléatoires - fixés par Porcelette, les stocks revendus deux fois par jour à Méli et Mélo, le cours du navet qui plonge, le cours du navet qui s’affole, les pertes des uns, les profits des autres. Je ne rigole pas, tout cela est très sérieux. Dans "Animal Crossing", on paie ses transactions en clochettes. Il n’empêche. La volatilité du navet peut entrainer votre ruine ou faire de vous un millionnaire en clochettes…

Il y en a que ça rend dingues … Le jeu consiste, pour chaque personnage, à aménager son île. Or, le cours du navet diffère d’une île à l’autre. Donc, ça se rend visite, ça s’épie, ça trafique, ça prend des commissions et même des rétro-commissions, sous forme de cadeau, ça mise gros. Chaque îlot devenant l’équivalent d’une mini place boursière. 

Des joueurs ont même créé des sites et des applications pour mieux anticiper le cours du navet dans "Animal Crossing"… Ils proposent des outils de gestion de vos stocks, avec tableau Excel et graphiques comparatifs…  Les réseaux sociaux fourmillent d’alertes et – osons le mot – de délits d’initiés. 

Morale de l’histoire, chassez le capitalisme par la porte, il revient par la fenêtre et sous sa forme la plus spéculative ! C’est intéressant car, dans la vraie vie, on reproche aux opérations basées sur la variation des cours d’engendrer des mouvements déconnectés de ce qu’on appelle « l’économie réelle ». Je viens donc de découvrir que dans un jeu vidéo, aussi, on peut se déconnecter d’une économie réelle qui était pourtant, par nature, déjà virtuelle.

Ce déplacement du réel et du virtuel dans le monde numérique ouvre des réflexions, à mon avis, abyssales.

Quant au navet, il demeure, selon moi, un légume imbouffable. 

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