A la télévision et sur Internet, les séries intégrant la distanciation sociale se multiplient. La fiction absorbe plus rapidement que jamais la réalité.

Capture écran d'"Au secours, bonjour !" la nouvelle série de France 2
Capture écran d'"Au secours, bonjour !" la nouvelle série de France 2 © France 2

Il faut dire qu’avec ce confinement planétaire, le réel a fait fort. Pas plus fort que des scénaristes ne l’auraient osé. Le cinéma « catastrophe » date de la naissance du cinéma. Les cataclysmes y sont légion, ils signent même la naissance de ce qu’on va appeler le « grand spectacle ». Dans tous ces films, l’humanité est défaite, laminée par la puissance de la Nature. Les virus font leur apparition à Hollywood. Dès l’entre-deux guerre, commence à s’écrire l’histoire de ces pandémies imaginaires.    

Au commencement du Covid-19, beaucoup ont eu cette sensation de « déjà vu », propre aux fictions d’anticipation. On avait déjà vécu cela au cinéma. « Contagion », le film Steven Soderbergh, a même battu des records de téléchargement. Comme si une fiction, tournée en 2011, allait nous donner le mode d’emploi de la réalité. Comme si l’absolue nouveauté de ce qu’on a vécu en mars n’était pas supportable pour nos cerveaux. Il fallait lui trouver un antécédent, même fictif… 

Les deux temps de la fiction. D’abord, l’anticipation. Ensuite, le récit à posteriori, voire le récit en temps réel ou presque… 

Les anglo-saxons ont toujours fait preuve d’une grande plasticité, intégrant très rapidement des évènements à leurs films et à leurs séries. Ca a longtemps éberlué les Français. Mais l’arrivée du numérique a rendu les tournages plus légers. Le temps de la fiction s’est accéléré. Il se rapproche de plus en plus de notre temps à nous, celui de la réalité. 

Le confinement est donc déjà à l’écran. Sur France 2, cinq minutes de sketchs, post journal de 20H. « Au Secours, Bonjour ! », sorte de service après-vente l’épidémie. Chaque acteur s’enregistre chez lui. Il y a du lourdingue là-dedans, mais aussi des moments exquis. Mention spéciale à Alice Belaïdi, toujours impeccable, à Alex Lutz qui joue de l’accordéon, et à Pierre-François Martin Laval, instituteur confiné qui sadise ses filles au jeu de société. 

Une web-série vient aussi de naitre : vie quotidienne d’une jeune femme dans son appartement du Var. Elle s’intitule « Nous sommes en guerre ». Hyper anxiogène.

Le grand projet, celui qui fait marcher la machine à fantasme dans le monde entier, c’est celui de Netflix. La créatrice d’« Orange is the new black », série culte, prépare une fiction avec des acteurs confinés, des scénaristes travaillant chacun dans leur ville. Le titre ? « Social Distance ». 

La réalité redevient de la fiction. Ouf. Il était temps. On a failli croire que tout cela était vrai. 

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