Le confinement a produit mille et une images sur les réseaux sociaux. Certaines que l'on ne voudrait jamais oublier…

Si on devait ne garder qu’une image de cette noire période, ce serait ce déluge de chefs d’œuvres sur les réseaux sociaux. La Toile s’est mise à charrier des toiles. Dans le monde entier, des citoyens confinés se sont attelés à reproduire les tableaux phares de l’Histoire de l’art. D’aucuns ont répondu à l’appel du Getty Museum de Los Angeles le 25 mars, d’autres se sont ralliés sans mot d’ordre. Recréer dans ses moindres détails, la peinture d’Arcimboldo, de Manet, de Picasso ou d’Edward Hopper. Poster un visuel scindé en deux parties, à gauche l’originale, à droite, la contrefaçon.

Dans ces pastiches faits maison, sont apparus des trésors de poésie et d’inventivité. Car les internautes ont retrouvé le goût du temps long et surtout, celui de la fabrication. Détourner les objets du quotidien pour dupliquer les éléments d’un tableau. Un travail de fourmi. Loin des filtres Instagram ou Snapchat qui créent une esthétique en un clic. Eh oui, nos photos trafiquées sur les réseaux sociaux sont autant de pactes faustiens, succès immédiats, sans efforts, sans douleur, sans génie. L’enfer garanti.   

A l’opposé, regarder un tableau, le comprendre, l’affronter, c’est s’extraire du monde des images. Un tableau n’est pas une image, c’est une œuvre d’art. Soit un processus dense et complexe qui aboutit à une représentation. Chercher à le refaire chez soi revient à pénétrer un lent déploiement. En cela, ces appropriations ont quelque chose de très beau et de très profond. 

Attention, je ne suis pas là en train de glorifier l’esprit de sérieux ! Point de dévotion. Van Gogh et Brueghel sont à tout le monde, faites-en ce que vous voulez. D’ailleurs, les détournements s’avèrent jubilatoires ! Ca se voit sur les photos. Des faussaires de tous âges et de toutes origines qui exultent de leurs trouvailles. Des personnages remplacés par des chats et des chiens, des anachronismes flagrants, des objets sacrés remplacés par les machins les plus vulgaires. On se marre. 

Sait-on déjà quels sont les peintres les plus reproduits par les amateurs confinés ? A vue de nez, je dirais que « La Jeune fille à la perle » de Vermeer, « Le Baiser » de Klimt et les toiles de Frida Kahlo font un tabac planétaire. C’est l’autre leçon de ce tourbillon artistique virtuel : l’universalité de ces peintures devenues des icônes de la pop culture mondialisée. 

Un dernier mot, hommage à notre consoeur Sonia Kronlund, productrice sur France Culture. Elle signe deux pastiches l’un de Fragonard, l’autre de Degas. Merveilles de précision et d’élégance.

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