Les sites et applications pour apprendre à réparer un objet soi-même ont fait un carton pendant le confinement. Un projet plus politique qu’il n’y paraît.

Pourquoi réparer soi-même est déjà un acte politique ?
Pourquoi réparer soi-même est déjà un acte politique ? © Getty / CasarsaGuru

On répare par amour du bricolage, du travail bien fait. On répare parce qu’on tient à quelque chose. Parce qu’on n’a pas les sous de faire réparer ou pas les sous de racheter. Réparer chacun chez soi, chacun pour soi, passe-temps, nécessité économique : rien de politique. 

En revanche, prenez des individus prêts à réparer et mettez-les en réseau, faites-les partager leurs trouvailles et leurs expériences. Faites-les se demander pourquoi certains appareils sont destinés à être remplacés, pourquoi tant de fabricants – Apple, Toshiba, Nikon - refusent de mettre à disposition les pièces et informations propres à la réparation.

Faites s’unir et discuter les réparateurs en herbe

Là, vous obtiendrez une nation de citoyens dont les compétences techniques et la conscience politique s’affutent de concert. Une armée qui se soulève contre les industriels du monde entier. 

Allez donc jeter un coup d’œil à des sites comme Ifixit.com – traduction de « Je le répare ». C’est le Wikipédia des réparateurs passionnés et militants. 63 000 tutoriels de réparation écrits par tous et modifiables par tous en fonction des connaissances de chacun. Accès gratuit, la plateforme se rémunère en commercialisant des outils. Son objectif ? Réparer des appareils ? Oh non, réparer le monde ! 

Nous fabriquons presque deux milliards de téléphones portables chaque année dont l’obsolescence est programmée. Nous produisons 48 millions de tonnes de déchets électroniques par an, truffés de produits chimiques toxiques. 80% finissent dans des décharges. 

On parle toujours de recycler, mais recycler, c’est déjà jeter

Réparer, la pierre angulaire de la révolution écologique. Et pas seulement, économique, aussi. Que les fabricants torpillent la possibilité de réparer ou bien la monopolisent entraine une baisse de la qualité, une hausse des prix et la délocalisation sans fin de la main d’œuvre.  

Ifixit est un projet américain spécialisé dans l’électronique. Mais sur le site commentreparer.com, 70 000 membres, j’ai trouvé comment réparer « une déchirure d’un centimètre dans un coupe-vent en polyamide » et aussi comment réparer « l’assise d’un fauteuil Stressless dont le cuir est en très bon état ». Sur systemed.fr, j’ai appris à réparer « le bac à glaçon d’un frigo américain », « le gond d’un volet sur un mur à moulure » et « la plaque intérieure d’une valise à roulettes ». 

Inventaire à la Prévert… Talent et poésie de citoyens confinés qui ont passé huit semaines à raconter aux autres comment sabler, biseauter, araser, cheviller, maroufler, bidouiller. 

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