Comment l’info, particulièrement anxiogène en ces temps de pandémie, trouve des exutoires sur la Toile ? Retour sur l’impressionnant succès de "Some Good News", journal des bonnes nouvelles, créé aux États-Unis, sur Youtube.

La presse sacrifie-t-elle les bonnes aux mauvaises nouvelles ?
La presse sacrifie-t-elle les bonnes aux mauvaises nouvelles ? © Getty / Keith Brofsky

Entre 15 et 20 minutes de grosse marade, de gens sympas, d’infirmières qui dansent. Émission faite maison et signée John Krasinski, comédien de 40 balais qui s’inspire des late show américains. Le dernier opus a été vu par 37 millions d’internautes. C’est le phénomène du web US en plein confinement. 

Pourquoi ? Parce que le monsieur a joué dans The Office, série cultissime outre-Atlantique. Le week-end dernier, il a carrément réuni tous les acteurs du feuilleton et les a fait apparaître en visioconférence au mariage de deux fans. Le carnet d’adresses de John Krasinski lui permet de dégainer, par ailleurs, Brad Pitt ou Robert De Niro en messieurs météo. 

Voilà pour le buzz et les paillettes. Reste l’entêtante question des "Bonnes nouvelles". Ce programme vole-t-il à leur secours ? Sont-elles les sacrifiées du journalisme ? Question inhérente à la réflexion sur le traitement de l’information. Ne pas asphyxier le public en pilonnant le pire, ménager des respirations, raconter l’actualité aussi par le prisme des initiatives et des solutions. Pas nouveau non plus, le débat sur l’infobésité et le besoin qu’éprouvent certains de se tenir loin. Des médias accusés de se faire du beurre sur le malheur du monde : c’est parfois juste, parfois un vieux cliché, parce qu’en réalité "les malheurs du monde" souvent, les médias n’en parlent pas, pensant que ça ennuie les gens. 

Des "gens" désespérément en quête de "bonnes nouvelles" que les médias ne donneraient pas ? On constate pourtant que plus une nouvelle s’avère flippante, plus elle est partagée sur les réseaux sociaux. Une "fake news" n’est jamais une "good news", au contraire, c’est toujours un épouvantail. Et le public en redemande. 

Au démarrage de l’épidémie, le Web aura servi d’amplificateur d’angoisse, certes, mais aussi de gigantesque défouloir, charriant blagues et détournements. L’épidémie a accru les deux penchants du cerveau humain qui cherche autant à se faire peur qu’à exorciser celle-ci. Plus le public s’est senti assailli d’infos sur la maladie, plus il a voulu s’en libérer. Jusqu’à tout mélanger, notamment l’info positive et le divertissement qui ont parfois la même appellation "good news", parfois le même effet (ça rassure), mais pas la même vocation. Les "bonnes nouvelles" de Krasinski n’ont pas leur place dans un journal et elles n’en sont pas la critique en creux. Leur succès dit le besoin de joie, pas celui que le journal soit joyeux. 

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