Fabriquer son pain à la maison. Le confinement accélère non seulement la tendance, mais pousse les internautes à mettre en scène cette activité sur les réseaux sociaux.

« La multiplication des pains ». Il n’y a pas d’autres mots. Instagram et Pinterest, réseaux qui privilégient la photo, vitrines des amateurs de cuisine, perpétuent le miracle accompli par Jésus de Nazareth. Pain bagnard, pain brié, pain plié, pain viennois, pain aux céréales, pain pita, pain complet, pain bis, pain de mie, pain de campagne. Si la multiplication des pains est une parabole du partage dans les évangiles, sachez que le partage numérique fonctionne ici à plein. Sur les réseaux sociaux, images et recettes, les pains faits maison s’échangent et prolifèrent.

Vous pensiez que faire son pain soi-même était synonyme d’un besoin profond de déconnexion ? Moi aussi. Mais taratata, l’être humain confiné éprouve de concert l’irrépressible envie de pétrir et l’irrépressible envie de poster. A croire qu’on ne peut plus dissocier le savoir-faire et le faire savoir. Voici donc la fusion de deux mondes que l’on croyait en tous points opposés : le pain et Instagram. Le pain, geste ancestral que l’on accomplit de ses dix doigts. Instagram, geste contemporain qui ne sollicite que le pouce. Le pain, nourriture corporelle essentielle. Instagram, nourriture spirituelle superficielle. Le pain, retour à la matière. Instagram, échappée dématérialisée. Le pain, lent travail de la panification et de la cuisson. Instagram, royaume de l’instantané.  Qui l’eut cru ? Une main dans le pétrin, une autre sur l’écran. 

Comment expliquer que ces deux tendances ne soient pas incompatibles, voire deviennent indissociables ? Mettons de côtés les gens insupportables qui cochent toutes les cases du confinement parfait ou du moins qui le font croire sur les réseaux sociaux. On ne mangera pas de leur pain, il s’avère aussi toxique et culpabilisant que les mises en scène de famille idyllique à la naissance du premier enfant ! 

En revanche, nombreux sont ceux dont les boulangeries ont fermé. Ceux qui ne supportent plus l’attente chez les commerçants. Ceux qui ne peuvent pas payer les trois repas par jour d’une famille à la maison. Ceux qui ont du temps et de l’argent, mais tellement d’ennui à tuer et d’angoisses à calmer. Ceux qui se sentent inutiles. Ceux qui recherchent ne serait-ce qu’un petit plaisir. Pour tous ceux-là, les réseaux sociaux agissent comme un miroir qu’on tend aux autres, mais surtout à soi-même. Un miroir qui transforme le pain fait à la maison en accomplissement et fierté. Miracle. 

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