Toutes les émissions de télévision interviewent leurs invités à distance, en visioconférence. Résultat, à l'écran, on ne voit que plus ... que des écrans.

Deux dispositifs au choix. La méthode numéro un consiste, comme Yann Barthès, à continuer d’occuper le studio de « Quotidien » avec un nombre réduit de chroniqueurs. Ou, comme Marina Carrière d’Encausse, à se tenir carrément toute seule sur le plateau du « Magazine de la Santé ». Dans les deux cas, les invités viennent à eux par écran interposé. Méthode numéro deux, celle de Karim Rissouli et François Busnel. Sur France 5, ils présentent leurs émissions, « C Politique » et « La Grande Librairie », depuis chez eux. Ils assument d’ailleurs très bien de nous montrer leurs intérieurs : Rissouli, son joli salon, Busnel, son grand bureau en bazar. Idem : des invités par écrans interposés. Alors… soit une caméra filme l’animateur de dos en train de regarder son invité sur un ordi, devant lui. Soit l’image de la télé est coupée en deux, d’un côté l’intervieweur, de l’autre, l’interviewé. 

J’ai commencé par le plus sobre. Parce que, de chez soi à chez les autres, on peut multiplier l’exercice à l’envie. Confère Cyril Hanouna qui a, dès le début du confinement, rapatrié « Touche pas à mon poste » de C8 à chez lui. Il y a installé une régie et pilote une émission de grosse bande à distance avec une foule de zozos qui s’entrechoquent en multiplexe. Il suffit ainsi de fragmenter toujours plus l’écran pour y faire entrer toujours plus de cases, donc toujours plus de gens.

Et c’est, selon moi,  l’image qu’on gardera du confinement. L’écran divisé en plusieurs écrans… C’est en tous cas l’empreinte médiatique qui restera. D’ailleurs, voir des écrans à travers des écrans, quelle mise en abyme troublante pour la télévision ! Les émissions que j’ai citées, comme « 28 Minutes », « Clique », « C dans l’air »… sont ce que les anglo-saxons appellent des « talk-show », littéralement « spectacle de la parole ». On devrait les rebaptiser « screen show », « spectacle des écrans ». 

Avec ce que cela sous-entend symboliquement. Le présentateur ne parle plus à des gens, il parle à des écrans. A la télé, les écrans ont remplacé les gens. Pour l’essayiste Christian Salmon, cela entérine « une forme de disparition sociale ». La trace numérique des êtres humains s’est substituée à leur présence physique. « Spectral », fantomatique. 

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