TF1 et M6 viennent d’annoncer leurs résultats financiers du 1er trimestre. L’épidémie booste les audiences, mais attaque durement les télés privées au portefeuille.

Rien qu’au premier trimestre, TF1 a déjà perdu 40 millions d’euros. Le groupe NRJ, 82 millions. Sachant que la crise n’a frappé qu’à la fin de la période, le deuxième trimestre s’annonce en chute libre. M6, maison mère de RTL, prévoit de perdre 200 millions d’euros sur toute l’année. 

A quoi correspondent ces chiffres, Bruno ? A des recettes publicitaires. La publicité constitue les trois quarts des revenus de l’audiovisuel privé. Mais ce marché s’est littéralement effondré. Un classique. En cas de coup dur, les entreprises commencent toujours par stopper les dépenses de communication. 

Or, rappelons-nous que la quasi entièreté de nos médias dépendent de la pub. Rares sont les acteurs de l’info vivant à 100% de l’abonnement ou de la vente, comme Mediapart, Arrêt sur images ou Le Canard Enchaîné. Rares sont les quotidiens, comme Le Monde, qui voient les lecteurs numériques prêts à payer grimper en flèche. Les autres, y compris vos journaux régionaux et vos radios locales, vont sortir en miette de cette période, car leur modèle économique est bâti sur la publicité. BFM a beau enregistrer des journées à 22 millions de téléspectateurs, le 20H de TF1 être suivi par 8 millions de personnes, sans pub, ils n’existent plus. 

Quelles sont les conséquences de cet effondrement des recettes publicitaires ? Les médias ou les groupes les plus fragiles risquent déjà la faillite, comme le journal Paris-Normandie, ou bien, le rachat comme Europe 1 et Paris Match qui appartiennent à Lagardère, durement affecté par la crise. 

Dans l’immédiat, et pour en revenir à TF1 et M6, les chaines prévoient des plans d’économies drastiques, notamment sur les programmes. M6 annonce 100 millions d’euros en moins dans l’info, les émissions et les fictions. 

A terme, c’est la production française, voire la pluralité de nos médias qui est menacée. Situation d’autant plus préoccupante que les géants américains du numérique affichent, en ce moment, des croissances insolentes. Ils renforcent leur hégémonie. 

Aussi, les regards se tournent-ils vers l’audiovisuel public. M6 réclame que télés et radios qui reçoivent la redevance soient interdites de publicité afin que les chaines privées en récupèrent un peu. Mais l’enjeu va au-delà. Face à un secteur privé affaibli, le public aura un rôle économique et social crucial à jouer. L’Etat, lourdement endetté, donnera-t-il des moyens à France Télé, Arte, France 24 et Radio France, ou leur en enlèvera-t-il encore ? Question plus brulante que jamais.  

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