La chute vertigineuse de Jérôme, c'est là que nous nous étions arrêtés la semaine dernière. Ce soir c'est la suite de l'histoire, la suite de l'hommage de l'élève à son maître. L'élève c'est Jérôme Mège, violon solo de l'orchestre de Cannes, et professeur au conservatoire de la ville, le maître c'est François Capoulade, violoniste d'exception. C'est une histoire de violon, de travail, d'admiration. C'est une histoire d'amour entre un vieil homme et un enfant. Aujourd'hui l'élève est devenu un homme, le maître est mort et pourtant l'histoire continue. François Capoulade accompagne encore Jérôme tous les jours de sa vie, quand il travaille son instrument, quand il joue en concert, la discussion se poursuit, mais d'homme à homme aujourd'hui. Cette émission c'est certainement une façon de dire encore une fois merci à cet homme sans qui, Jérôme ne serait jamais devenu ce qu'il est aujourd'hui, ses parents n'auraient jamais pu lui offrir cette formation, François Capoulade s'est occupé de Jérôme pendant des années,il l'a logé, nourrit, blanchit, instruit, sans jamais rien demander en échange. Dans la plus grande pièce de sa maison, Jérôme a mis au dessus de son piano à queue, une très belle affiche avec le nom du maître écrit en rouge en gros, c'est l'affiche d'un concert donné par François Capoulade en 1947 au Théâtre des Champs Elysées. Par terre il y a un vieux magnéto qui ne tourne plus exactement rond, et une boite en carton remplie de bandes magnétiques, ce sont tous les enregistrements du maître: ses concerts, les copies des émissions de radio qu'il animait. Ces enregistrements, Jérôme les écoutait la nuit quand il était encore un enfant et qu'il vivait avec son maître. Aujourd'hui c'est un trésor fragile, les bandes sont vieilles, elles cassent facilement. Pendant des années Jérôme a vécu seul avec le maître, une vie en tête à tête, dédiée à la musique, des journées entières passées à travailler et à parler avec le maître, des matinées à faire des gammes que le maître écoutait à travers l'interphone qu'il avait fait spécialement installé pour Jérôme, les soirées caché derrière la porte à écouter le maître jouer, les premières larmes d'émotion en découvrant la Chaconne de Bach, les petits cake aux fruits que le maître cuisinait pour son goûter, la solitude, l'admiration, pendant des années et puis un jour plus rien. Tout s'est arrêté, le maître était fatigué.

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