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Un million. Un million de chômeurs supplémentaires depuis 2007. De toute évidence, c'est un échec, il y avait au 31 décembre 2011: quatre millions et trois cent mille chômeurs en France, catégories A, B, C confondues. Un record depuis 1999.

Avec la hausse du chômage les salariés de pôle emploi se retrouvent encore une fois en première ligne. Sous effectif, manque de moyens, désorganisation du travail, culture du chiffre, les agents du pôle emploi sont sous pression, débordés, ils se plaignent de ne plus pouvoir faire un travail de qualité. Ils traitent des dossiers, des quantités de dossiers, ils reçoivent des numéros, prescrivent des numéros et se sentent eux mêmes comme des numéros. Malades, les conseillers du pôle emploi sont malades de leur travail, il n'y a jamais eu autant d'arrêt maladie que ces derniers mois. Face à la dégradation de leur travail, certains agents font de la résistance, de la résistance cachée, c'est ce qui leur permet de ne pas étouffer, de ne pas devenir fous face à l'absurdité du système, face à l'inefficacité des nouveaux décrets qui tombent régulièrement et qu'ils doivent appliquer sans comprendre. Ils résistent, chaque jour, ils refusent de faire ce qui leur semble contraire à leur déontologie.

Isabelle de Léon travaille à Pôle emploi, et depuis des années elle fait, elle aussi, de la résistance cachée, mais un jour, fatiguée de voir son métier se déliter, elle a dit non, un non haut et fort, elle a désobéit, elle a refusé de faire ce qu'on lui demandait parce qu'elle estimait que c'était contraire à sa mission de service public. Blâme, conseil de discipline, sanction, mutation, Isabelle de Léon est une des rares, à oser parler et à dire ce que se passe vraiment de l'autre côté des guichets.

Militante, elle défend le service public parce qu'elle sait qu'il est le seul garant d'égalité dans le traitement des chômeurs. Elle dénonce le management imposé par la fusion, les changements incessants de logiciels, la complexité des procédures, la frustration de ne plus faire ce qu'elle aimait. S'exprimer c'est s'exposer aux sanctions, Isabelle de Léon le sait, et alors?



Déclaration d’Isabelle de Léon devant la Commission Disciplinaire Pôle Emploi Paris, 13 octobre 2011

Je me présente aujourd’hui devant vous consciente et responsable de mes actes et de leurs conséquences.

Vous m’accusez de ne pas respecter la planification et la réalisation de l’EID. Sur cette accusation : je plaide coupable.

Je vous ai déjà largement explicité mon argumentation, je ne reviendrai pas sur cette position de principe.

Par contre, il me semble impératif de soulever d’autres chefs d’inculpation qui me paraissent consubstantiels et qui éclairent ma position :

♦ Je m’accuse : de défendre le Service Public et de résister à toutes mesures qui visent à son « affaiblissement » ou sa « déconstruction ».

♦ Je m’accuse : de défendre cet outil essentiel de redistribution et de garantie des droits et besoins fondamentaux.

♦ Je m’accuse : dans ce sens de défendre les intérêts des plus démunis, d’essayer de maintenir un semblant d’égalité de traitement de tous les citoyens et une continuité de service sur tout le territoire.

♦ Je m’accuse : de me mettre au service du public et non pas au service d’un gouvernement dont la politique menace clairement le service public.

♦ Je m’accuse : de refuser de nuire au public que nous recevons.

♦ Je m’accuse : de vouloir conserver mon statut d’agent public pour garantir mon indépendance et protéger ainsi le service public de toute dérive.

♦ Je m’accuse : de ne plus supporter les changements continuels de procédures, de réglementations, mal relayés, qui nous déstabilisent dans notre travail quotidien auprès du public.

♦ Je m’accuse : de ne plus supporter les injonctions paradoxales de notre hiérarchie locale, départementale, régionale, nationale...

♦ Je m’accuse : de ne plus assumer le dysfonctionnement de l’organisation globale de notre travail.

♦ Je m’accuse : de ne plus assumer les conséquences de ces dysfonctionnements sur les demandeurs d’emploi.

♦ Je m’accuse : de ne plus assumer leur agressivité en retour quand nous les mettons en difficulté.

♦ Je m’accuse : de ne plus assumer et supporter la détresse de mes collègues et le déni de cette souffrance par notre hiérarchie.

♦ Je m’accuse : enfin de ne plus supporter mes insomnies, mes tensions, mes maux de tête, de dos, de ventre… parce que chaque jour je constate la dégradation de nos conditions de travail, et leurs conséquences sur mes collègues et sur les demandeurs d’emploi.

♦ ENFIN, JE VOUS EN VEUX, ET JE M’EN ACCUSE : de nous faire vivre chaque jour de travail comme une épreuve, comme un challenge où je peux me perdre et perdre ma relation à l’Autre, Tout le reste, vous le savez et je vous l’ai déjà écrit.

Je ne demande qu’une chose : en me déclarant coupable et en me sanctionnant, je vous demande de prendre en compte toutes ces autres accusations car sinon celle que vous invoquez, perdrait son essence et n’aurait plus aucun sens.

Car soyez en sûrs, mon combat sur ces principes, que nous sommes censés partager et défendre, je le continuerai.

Isabelle de Léon

Les liens

Malaise des deux côtés du guichet. Un rapport de la CDFT.

Rapport d'activité du médiateur du Pôle Emploi 2009 sur le site de La documentation française

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