la soeur d'Adèle
la soeur d'Adèle © Radio France

Au bout du monde, au bout de la route des baleines, la seule qui existe sur la côte Nord du Québec, au 1370 kilomètres, au milieu de l'immensité blanche:

un village posé sur le sable face à la mer : Natasquan.

En langue inue Natasquan ça veut dire « là où l'on chasse l'ours ».

Natasquan c'est le dernier village, après la route s'arrête, après c'est le grand Nord, les grands espaces à perte de vue.

Avant l'arrivée des Acadiens à Natasquan au milieu du 19 siècle, les premiers et les seuls habitants de ce gigantesque territoire c'étaient les Innus. Aujourd'hui ils vivent dans leur réserve à 5 km du village.

Adèle est une vieille dame inue, toute ronde, gourmande, un foulard bleu sur ses cheveux, ce matin, elle s'est installée dans la salle communautaire de la réserve pour peindre, elle peint des images de son enfance, un tipi, la rivière, des ours, la tente où l'on fume le poisson, images d'épinal d'un monde disparu, quand les Inus étaient encore des chasseurs nomades, et qu'ils se déplaçaient l'hiver, en traineau le long des cours d'eau gelés.

C'est au milieu des années 50 que le gouvernement canadien et les missionnaires ont commencé à faire pression sur les Inus pour qu'ils se sédentarisent. Adèle a été témoin de la sédentarisation de son peuple. Elle a fait partie des premiers enfants inus que l'on a envoyés au pensionnat. Un choc, c'était la première fois qu'elle voyait la ville, la première fois qu'elle mettait des chaussures. La première fois qu'elle entendait une autre langue que la sienne. Elle a dû se soumettre, apprendre le français, s'assimiler.

Depuis Adèle a vécu toute sa vie entre deux mondes. Elle est devenue infirmière, elle s'est mariée avec un blanc, elle a vécu en ville à « Trois rivières ». Mais depuis que ses enfants sont grands et qu'elle est à la retraite, elle revient passer chaque année quelques mois dans la réserve. Elle s'est fait construire un petit chalet près de la rivière à saumon, elle pêche, elle pose des collets dans la forêt, elle est heureuse et quand l'hiver revient elle repart en 4/4 pour la ville.

Un reportage de Caroline Gillet.


Avec tous nos remerciements à l'Institut Culturel Canadien.

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