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fengming2 © Radio France

Wang Bing : son nom vous dit certainement quelque chose... Wang Bing est ce jeune cinéaste chinois que nous avions découvert en 2003 avec « A l'ouest des rails », un documentaire monumental de 9 heures qui racontait la fin d'un monde. Wang Bing avait planté sa caméra dans un zone du nord de la Chine au moment où les usines fermaient, il avait filmé le démantèlement d'un gigantesque complexe chinois et il donnait la parole aux ouvriers qui assistaient à leur propre disparition au moment de la restructuration de l'économie chinoise. Cette grande fresque documentaire avait à l'époque été comparée par certains critiques au film « Shoah » de Lanzman. Un maître indépassable pour Wang Bing. Wang Bing est un franc-tireur du cinéma chinois, ses films sont tournés dans la clandestinité et interdits dans son pays, mais ils circulent grâce à des DVD pirates et à internet. Wang Bing veut faire entendre la parole de ceux que l'histoire officielle de la Chine occulte. Il refuse que les Chinois soient privés de leur histoire collective et pris au piège d'une histoire écrite sous le contrôle direct du pouvoir. Aussi paradoxal que cela puisse paraître, la Chine manque d'histoire et c'est justement ce manque, ce fossé, que Wang Bing veut combler en faisant du cinéma.

Ses deux derniers films, sortis en France au mois de mars dernier, s'attaquent au tabou qui pèse encore aujourd'hui sur le goulag chinois et les tragédies qui ont ravagé la Chine à la fin des années 50: ils s’attaquent à la campagne des 100 fleurs et au mouvement anti-droitier qui a suivi et qui a fait des centaines de milliers de victimes. Jamais jusque-là le cinéma n'avait évoqué cette période. Wang Bing l'a fait avec deux films, une fiction: « Le fossé » et un documentaire « Fengming, chronique d'une femme chinoise », où l'on voit une vieille dame, assise dans un fauteuil face à la caméra, dérouler le fil de sa vie brisée. Récit hypnotique d'une femme enfermée dans son passé, accusée d'être droitière à la fin des années 50, elle dit dans la plus grande sobriété ses souffrances infinies. Et son récit de 3 heures se révèle être un condensé de la violence de l'histoire de la Chine maoïste.

Wang Bing, je l'ai rencontré à Pékin dans un endroit peu fréquenté, au bout d'une impasse, car on ne sait jamais, à Pékin, si l'on est suivi ou pas...

Extraits du spectacle Rêve rouge, rêve doré, rêve bleu de et avec Xing Xing Cheng

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