La plaque à l'entrée du journal où a été assassiné Hrant Dink
La plaque à l'entrée du journal où a été assassiné Hrant Dink © Radio France / Aude Merlin

La Turquie est un pays malade de son histoire. C’est un pays où la mémoire a été anéantie. Parler du génocide arménien dans lequel 1 million et de demi de personnes ont péri est tabou. Hrant Dink a joué un rôle décisif dans la levée de ce tabou.

Hrant Dink a été assassiné en 2007 par des ultranationalistes devant la porte du journal Agos, qu'il avait fondé dix ans plus tôt.

Agos : c'est le nom d'un journal arménien à Istanbul. Ce nom ne vous dit peut-être rien. Et pourtant Agos et Hrant Dink ont changé le visage de la Turquie. Agos c'est le premier hebdomadaire bilingue arménien turc. Hrant Dink pensait que pour toucher le grand public il fallait écrire dans les deux langues.

Hrant Dink était un homme de paix, un militant de la réconciliation. Avec Agos, il a donné à lire le traumatisme des Arméniens de Turquie. Il disait qu'il fallait que les Arméniens osent exprimer leurs opinions, qu'ils arrêtent d'avoir peur, qu'ils disent leurs peines, leurs souffrances, leur identité mais aussi leurs joies et leur culture. Il répétait que se replier sur soi ne protégerait pas. Hrant Dink voulait ouvrir les frontières derrière lesquelles vivait la communauté arménienne en Turquie.

Et c'est vrai que quand les Turcs ont commencé à voir Hrant Dink pleurer à la télévision, ils ont pour la première fois éprouvé de l'empathie pour les Arméniens. Mais en exprimant le traumatisme de la communauté arménienne publiquement, en parlant sans détour de leurs souffrances, Hrant Dink a franchi une ligne : toucher au génocide de 1915, c'est toucher au tabou de l'identité turque.

Hrant Dink a été assassiné le 19 janvier 2007 en plein jour au centre d’Istanbul et c'est paradoxalement sa mort qui a déclenché une prise de conscience dans la société civile turque. Des centaines de milliers de personnes sont descendues dans la rue pour protester contre ce crime d'état et ce qui n'était jusqu'à lors qu'un débat d'intellectuel est devenu débat public. Après la mort de Hrant Dink, les Turcs ont commencé à lever le voile sur les trous noirs de leur histoire et à faire leur travail de mémoire.

Agos
Agos © Radio France / Aude Merlin

Jusqu'à 21H, une heure dans la rédaction du journal Agos qui continue de travailler comme le souhaitait Hrant Dink à la réconciliation des arméniens et des turcs et à la démocratisation de la Turquie. C'est Ghökhan, un jeune journaliste du journal qui nous reçoit.

Les liens

le site du journal AGOS

Le site de la fondation Hrant Dink

Le clip de Sibil Poktorosoglou chanteuse arménienne d'Istanbul

Interview de Hrant Dink par Frédéric Mitterrand en 2005 pour TV5

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