Jean Gabin peint les français tels qu'ils étaient, Louis de Funès tels qu'ils redoutent de devenir mais qui l'adorent tel quel: menteur, veule, égoïste, colérique, obséquieux. Un homme orchestre de nos pires travers, Louis de Funès sur notre affiche ce matin.

Louis de Funes sur le tournage du film "Fantomas contre Scotland Yard".
Louis de Funes sur le tournage du film "Fantomas contre Scotland Yard". © Getty / Sunset Boulevard

40 ans après sa mort, enfin une consécration à la cinémathèque Française, il était temps de faire le tour de ce trésor national. Louis de Funès, 140 films au compteur et une reconnaissance tardive, le temps de devenir éternel.

Pour raconter de Funès ce matin, deux acteurs :

  • Valérie Bonneton, actrice au grand potentiel comique mais pas que. "Pas d'excès chez de Funès" dit-elle, "que de la vérité jusqu'au bout". C'est ce qu'on verra.
  • Lui aussi quand il s'accapare un personnage il lui donne tous ses excès, Benoît Poelvoorde est notre deuxième invité. La vitesse, le rythme, l'expressivité, il a tout cela en commun avec de Funès et il l'aime " même dans ses plus obscurs navets ", nous aussi !

Louis de Funès à l'occasion d'une exposition rétrospective, si tout va bien, à partir du 1er avril et jusqu'au 2 août à la cinémathèque française.  Et un catalogue " Louis de Funès à la folie " aux éditions de la Martinière

Dans une interview donnée au journal Libération en 2007, Benoît Poelvoorde déclarait : 

De Funès, il vaut presque mieux l'écouter, sans l'image, parfois. Cela passe par le flot de sa parole, ses accélérations, ses failles. On a ça en commun : un rythme.

Extraits de l'émission

  • De Funès aurait-il pu tout jouer ?

Valérie Bonneton :

Pour moi, c'est un grand acteur parce que, s'il était dans l'excès, il n'en faisait jamais trop !

Benoît Poelvoorde : "Je ne suis pas convaincu que Louis de Funès pouvait tout jouer. [...] Par exemple, Bourvil peut faire "Le cercle rouge", mais je ne suis pas sûr que de Funès... Je peux me tromper, mais je pense qu'on aurait été déçus". 

"Quand il y a trop de textes chez de Funès, ça fait redondant. Par exemple, quand il fait l'avare [dans le film éponyme], je me sentais un peu mal à l'aise. C'est à dire que le texte de Molière est tellement beau et, de Funès, lui faire mettre une grimace sur un texte qui est déjà très fort... Une chose éteignait l'autre".

Parfois, si vous écoutez bien le dialogues chez de Funès, ce n'est pas génial. C'est simplement lui et son rythme, et comment il les transforme...

Une citation d'Henri Ghiberti : 

Quand on voit Bourvil, on se dit "moi aussi, ce genre de trucs m'arrive". Quand on voit de Funès, on se dit "L'autre con d'à-côté aurait fait ça lui aussi". 

  • le sens de la musique de la comédie

Valérie Bonneton :"Il a le sens de la rime et il a fait beaucoup de musique. On sent un sens du rythme de dingue !" Ce à quoi Benoît Poelvoorde renchérit :

Son génie vient de la musique, j'en suis sûr ! Le rythme, en tout cas pour la comédie, c'est fondamental. 

Valérie Bonneton : _"Louis de Funès est un grand artiste parce qu'il donne une vraie intimité. C'est fou d'aller chercher ce qu'il donne, quoi, complètement dingue. C'est très intime, pas du tout convenu [...] Il était extrêmement généreux et il n'avait pas peur - parce que c'est fou ce qu'il donne dans chaque scène !"_

  • Le grand modèle de Louis de Funès : sa mère

Louis de Funès (archive) : "De visage, je suis un marbre à côté d'elle. [...] Les colères de ma mère, c'était quelque chose [et] dans les grandes grandes colères avec, peut-être, si on lui faisait un signe, un éclat de rire au milieu de la colère, une envie de rire.  

J'ai eu ma mère sous les yeux tout le temps. Tout ça, c'est la comédie de ma mère. Le personnage, c'est ma mère que je fais, toujours. Les gestes que vous voyez : ma mère mimait beaucoup!

  • Un regret ?

Valérie Bonneton : "Ce qui est dingue, c'est qu'à la fin de sa vie, il a dit "Si c'était à recommencer, je ne m'occuperai que des roses". Il était dingue de jardinage et des roses rouges du jardin. C'est fou, ça veut dire que peut-être, il n'était pas si heureux"

  • Un rire qui sonne faux

Benoît Poelvoorde : 

Je n'aime pas quand de Funès rit. 

Souvent, on finit les films avec De Funès qui rigole pour dire que tout va bien - même dans Le Corniau, ils se mettent à rire tous les deux. 

Je trouve qu'il n'est pas bon quand il rit. Rire, c'est très, très compliqué au cinéma. C'est beaucoup plus dur de faire semblant de rire que de faire semblant de pleurer.

Louis de Funès veut nous rassurer, nous dire "Allez, tout va bien, je ne suis pas si méchant que ça"... alors qu'on adore que les mauvais restent mauvais. Quand il rigole avec Bourvil, je n'y crois pas : "je suis sûr que dans deux heures, tu vas encore lui claquer la porte à la gueule". Et on aime pas que ça se termine comme ça. 

C'est comme le sexe, par exemple : il est asexué. On a beau lui coller des femmes, des femmes, des femmes...

D'ailleurs, ce sont surtout des femmes qui n'en sont pas vraiment, il n'y a que Girardot, dans La Zizanie, qui ait une telle force de caractère qu'on peut imaginer que oui, à un moment, ils sont dans un lit ensemble. 

Sinon, il a toujours un bonnet de nuit... Et c'est ce qu'il faut aussi que les enfants peuvent regarder de Funès sans jamais mélanger leur histoire avec des histoires de cœur / de cul.

Actualités

L'exposition Louis de Funès à la Cinémathèque française du 1er avril au 2 aout.

Le catalogue de l'exposition : Louis de Funès à la folie.  Co-édition la Cinémathèque française et La Martinière. Ouvrage collectif dirigé par Alain Kruger avec le concours de Thibaut Bruttin

Coffret Louis de Funès de 12 DVD , Ed Gaumont

Louis de Funès à Paris. Les aventures d'un acteur en vadrouille. De Philippe Lombard. Editions Parigramme

Louis de Funès de A à Z, de Bertrand Dicale. Ed Gründ

L'intégrale de Louis de Funès, tous ses films de A à Z, de Marc Lemonier. Ed Hors Collection

PROGRAMMATION MUSICALE

Andréa-Laszlo De Simone, Immensità (2020)

LES CADEAUX OFFERTS AUX INVITES

DVD Jeanne de Bruno Dumont, Ed Blaq Out

DVD Les lèvres rouges, de Harry Kumel. Ed Malavida

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