Catherine Deneuve est une invitée rare. Pour honorer cette venue, elle est donc une invitée unique. L'actrice iconique est à l'affiche du nouveau film d'André Téchiné. L'occasion d'évoquer sa relation avec le cinéaste (c'est leur huitième film ensemble), mais aussi sa carrière, ses tabous... et sa garde-robe.

Catherine Deneuve est à l'affiche du film 'L'Adieu à la nuit' d'André Téchiné, qui sort en salles le 24 avril 2019
Catherine Deneuve est à l'affiche du film 'L'Adieu à la nuit' d'André Téchiné, qui sort en salles le 24 avril 2019 © Curiosa Films/Bellini Films/Arte France Cinema/ZDFArte/Legato/Films Boutique

André Téchiné dit d'elle : « Ce qui me sidère chez elle, c'est qu'il n'y a pas de métier. Il y a une absence de technique et, finalement, de l’innocence devant la caméra. » N'est-ce pas là la plus belle chose qu'un cinéaste puisse dire d'une actrice après 126 films ? 126 fois, sur le métier, Catherine Deneuve a remis son ouvrage, est retournée à l'ouvrage, avec cette présence, cette voix et cette étincelle intactes. 

C'est la première fois que l'actrice est l'invitée d'On aura tout vu. Alors, il s'agit de faire preuve, comme elle au cinéma, d'innocence et de découverte. 

Extrait de l'entretien

Catherine Deneuve évoque  son premier tournage avec Téchiné et son partenaire Patrick Dewaere.

Il paraissait tellement fragile, tellement délicat. Je me souviens d'une scène dans le film où il pleure, il a une larme qui coule sur sa joue. Moi, quand je l'ai vu, j'ai failli pleurer tellement ça m'a ému. C'était un acteur extraordinaire. C'était une période difficile de sa vie où il était comme ça entre deux zones et donc il était un peu au milieu de tout ça dans une espèce de réhabilitation de sa propre personnalité. C'était assez difficile pour lui à assumer, mais ça lui donne en même temps encore plus cette fragilité du personnage dans Hôtel des Amériques. 

Christine Masson : Vous imaginiez le chemin que vous alliez faire avec Téchiné? 

Jamais de la vie. On n'y pense même pas. Quand on travaille avec un metteur en scène, on pense pas au futur. On ne fait pas de plan de carrière. Mais bon, après ça c'est fait parce qu'on est devenus amis et qu'on s'est beaucoup vus, régulièrement depuis depuis ce moment là. 

Laurent Delmas : Vous avez dit qu'à ce moment là, ça a été un déclic pour vous. 

Oui, parce que c'est un cinéaste vraiment particulier qui écrit des rôles qui ont beaucoup de densité et qui, même quand ils sont légers, il y a quand même toujours des moments très forts. Donc oui, ça a été une vraie rencontre pour moi, oui. 

Est-ce que Téchiné vous a amené vers une autre route moins idéalisée de vous? 

Moins idéalisée par les autres. Des personnages, des gens simples, des gens qui essayent de donner un sens à leur vie. 

Avant le film, il parait que vous ne parlez pas du film, vous parlez de tout autre chose? 

Oui, c'est vrai. Même le soir, pendant le tournage, je ne parle pas du film. Non, parce que c'est une chose qui continue d'exister comme ça en arrière plan. Et même je me souviens avec André Téchiné et Daniel Auteuil quand on a fait ma saison préférée, on se disait 'bon, ce soir, on va dîné ensemble, ce serait bien qu'on parle des scènes qui vont venir' et puis on dinait et on parlait de tout autre chose. Mais ça ne fait rien. Il y a quand même des choses qui s'inscrivent, qui rentrent, qui est lié au film. 

Après huit films, qu'est ce qui vous séduit toujours chez Téchiné ? 

Sa mise en scène est toujours d'une élégance incroyable, que ce soit des plans très simples, même avec des très petits travelling ou très peu de mouvements. Je trouve que c'est toujours très élégant. Et puis, j'aime cette idée qu'on voit tellement la nature, toujours dans ses films. C'est pour cela qu'il est tourné en dehors de Paris. Il y a toujours la nature et ce paysage qui est toujours plus grand que les personnages. Comme souvent dans le cinéma asiatique aussi. Dans le cinéma japonais il y a souvent aussi ce rapport comme ça à la terre, à la nature, au ciel et des personnages dedans. On ressent toujours qu'on est plus petit que ce qu'on a l'air d'être 

Je préfère me tromper avec Téchiné qu'avec quelqu'un d'autre

Le monde paysan

Qu'est ce que vous admirez finalement chez eux? 

C'est ce rapport à la vie et à la nature en même temps, c'est à dire à la fois des choses très réalistes et très concrètes et en même temps, des gens qui sont toujours dehors. Toujours devant le ciel, devant des étendues immenses qui ont donc très souvent des pensées, un imaginaire très fort. 

En 2015, Catherine Deneuve reçoit le prix Lumière du Festival de Lyon pour l'ensemble de sa carrière, un prix qu'elle dédie aux paysans.

J'ai reçu des courriers formidables. Des gens touchés qu'une actrice puisse parler d'eux comme ça et en tous les cas, les évoquer d'une façon simple. Qu'on parle d'eux, qu'ils aient l'impression d'exister, alors que souvent, ils se sentent vraiment oubliés quand même. 

C'était vraiment sincère et naturel pour moi. C'est une chose qui m'est venue en allant à la soirée. 

Vous avez dit que vous étiez une page blanche pour le réalisateur. 

J'espère. Parce qu'en vérité, quand on a mon âge et qu'on a fait plus de 100 films, on ne peut pas être vraiment une page blanche. Mais c'est vrai, c'est toujours ce à quoi on tend quand même, c'est d'être plutôt une page blanche pour une nouvelle aventure surtout.

L'Adieu à la nuit d'André Téchiné

Synopsis : Muriel est folle de joie de voir Alex, son petit-fils, qui vient passer quelques jours chez elle avant de partir vivre au Canada. Intriguée par son comportement, elle découvre bientôt qu’il lui a menti. Alex se prépare à une autre vie. Muriel, bouleversée, doit réagir très vite…

Le film confronte le personnage principal incarné par Catherine Deneuve à cette question terrible et néanmoins terriblement actuelle : que faire d'un être aimé à l'aube de son départ pour le djihad et la Syrie ? La radicalisation est au centre de ce film, tout comme les tourments du cœur, si chers à André Téchiné. 

les sorties de la semaine

  • Alpha - The Right to Kill de Brillante Mendoza
  • La Camarista de Lila Avilès
  • El Reino de Rodrigo Sorogoyen
  • Liz et l'oiseau bleu de Naoko Yamada
  • Menocchio d'Alberto Fasulo
  • Seule à mon mariage de Marta Bergman
  • Working Woman de Michal Aviad

on en a parlé

  • le livre American Darling de Russell Banks (roman traduit de l'anglais [États-Unis] par Pierre Furlan), paru chez Actes Sud dans la collection Babel en 2013
  • le DVD, paru chez Éléphant Classics Films, des films Le Joyeux Charlatan, Les Ailes de l'espérance, All I Desire et Demain est un autre jour, réalisés par Douglas Sirk

programmation musicale

Stephan Eicher & Traktorkestar, "Étrange", extrait de Hüh ! (2019)

Les invités
L'équipe
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