Portrait d’une actrice qui a souvent incarné des personnages féminins portant le prénom virginal ? La Marie de "La Fiancée du Pirate" ou celle de "La Maman et la Putain", c’est Bernadette Lafont. Retour en archives audio sur une carrière riche de cent-vingt films, à l’image de la comédienne, gourmande et touche-à-tout.

Bernadette Lafont en 1987 à fort de France
Bernadette Lafont en 1987 à fort de France © AFP / Jean-Claude Couty

Bernadette Lafont n’avait pas l’accent du sud, mais sa gouaille donna du corps à la Nouvelle Vague. Sa voix, un son à part, rond et chaud. Cette voix qui parlait vrai, elle l’offre en copine dans les années 1950 aux jeunes gens des Cahiers du Cinéma ; ces cinéastes débutants voulaient filmer la vraie vie et on ne faisait pas mieux que Bernadette comme « vraie nana ». Le cinéma, cette adolescente nîmoise de toute manière, en rêvait. 

L’année de son bac, une troupe de comédiens débarque à Nîmes. Parmi eux, il y a Stéphane Audran, Jean-Louis Trintignant, Maurice Pialat comme figurant et Gérard Blain. Ce dernier tombe fou amoureux de cette brunette qui fait de la danse depuis deux ans et traîne exprès aux abords de la terrasse la plus en vue sur la place de Nîmes. Elle a 18 ans, il l’épouse mais ne voit pas d’un bon œil qu’elle fasse du cinéma, un tempérament pareil, ça se surveille ; et avec une chair telle que celle de Bernadette, les loups de la Nouvelle Vague vont se régaler. 

Elle devient leur égérie. D’abord, il y a Le Beau Serge de Claude Chabrol avec Gérard Blain et Jean-Claude Brialy et qu’on peut considérer comme le coup d’envoi de la Nouvelle Vague. C’est le premier film de Chabrol. La même année, elle continue avec ce réalisateur et tourne déjà avec l’autre future égérie, masculine cette fois, de cette Vague qui va tout emporter sur son passage, un Jean-Paul Belmondo très gourmand. De cette époque, son film préféré reste tout de même Les Bonnes Femmes, encore un Chabrol. 

Dans les années 1960, elle passe de film en film, plus d’une vingtaine, avec entre autres Les Godelureaux, toujours de Claude Chabrol. Elle est aussi présente au casting hallucinant de cette délicieuse comédie à sketch d’Édouard Molinaro, aux dialogues d’Audiard, La Chasse à l’Homme où défilent Jean-Claude Brialy, Marie Laforêt, Claude Rich, Catherine Deneuve, Bernard Blier, Michel Serrault et Belmondo. Les années 1960, sont aussi celles où le cinéma passe au second plan car pour Bernadette la vie n’attend pas. Elle quitte Gérard Blain, épouse le sculpteur hongrois Diourka Medveczky, s’installe au fin fond de l’Oise et devient mère de trois enfants à 24 ans. Bien entendu, elle ne résiste pas à la tentation du cinéma. Elle revient en 1969, année érotique pour Bernadette qui incendie le cinéma avec la Fiancée du Pirate de Nelly Kaplan, farce féministe post-soixantuitarde, acclamée au festival de Venise et qui fait l’effet d’une bombe en France. 

L’année 1971 est encore à l’image de son sens de l’aventure, qu’elle soit poétique ou très avant-gardiste. Elle tourne L’Amour c’est gai, l’Amour c’est triste de Jean-Daniel Pollet. Elle est aussi Sarah dans Out 1 de Jacques Rivette. François Truffaut écrit pour elle Une Belle Fille comme moi en 1972, où aucun homme ne résiste à son personnage. 

Dans Les années 1980, Claude Chabrol revient la chercher pour Inspecteur Lavardin et Masques où elle joue avec Noiret. Puis Claude Miller, jeune héritier de la Nouvelle Vague l’appelle pour l’Effrontée où elle gagne le César du meilleur second rôle féminin. Dans les années 1980 au cinéma, à la manière de Michel Galabru, elle tourne des série Z avec des titres qui annoncent bien la couleur : le Roi des Cons, Nous maigrirons ensemble, On est pas sortis de l’auberge... 

Bernadette, celle qui aimait lire des auteurs sans tabou et à la langue verte comme Leduc ou Léautaud, celle dont le nom rime autant avec midinette que suffragette, Bernadette qui, jusqu'à la fin, dans son jardin, arrosait fièrement la rose « Bernadette Lafont » créée à son nom. Sur la notice de cette rose, on peut lire que son parfum intense et sa couleur en font un rosier très attirant, un rosier vigoureux et sûr. 

Morte à 74 ans à Nîmes un jour d’été, elle est partie pour de bon. Seul cinéaste à faire le déplacement pour son enterrement, Jean-Pierre Mocky, qui l’avait dirigée entre autres dans Les Saisons du Plaisir, et Lucien Jean Baptiste qui l’avait fait apparaître en 2009 dans Première Étoile

Filmographie sélective

Bernadette Lafont reçoit le César d'honneur, 2003 :

Programmation musicale
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    Beefsteak

    2017

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