Portrait de Lino Ventura, grand dur au cœur tendre du cinéma français, ancien champion de lutte. Grande figure du cinéma, sa filmographie compte des films cultes réalisés par les plus grands, à l'instar des "Tontons Flingueurs" de Georges Lautner.

Lino Ventura dans "La bonne année" (Claude Lelouch, 1973)
Lino Ventura dans "La bonne année" (Claude Lelouch, 1973) © AFP / Etienne George / Collection ChristopheL

Lino, l’homme qui n’embrassait pas au cinéma, l’italien qui ne draguait pas, le pilier du cinéma français, était en fait un homme avec un kilo de pudeur. Il était peu causant, sauf quand il jactait de l'Audiard, mais il avait tout de même le sens de la formule. 

Il a huit ans quand la famille quitte l’Italie fasciste de Mussolini. Il s’installe à Montreuil avec sa mère, au cœur de la communauté Italienne, puis dans le centre de Paris. Lino est obligé de quitter l’école très jeune pour participer financièrement à la vie du foyer. À 16 ans, il s’inscrit à des cours de lutte. Finalement,  la Seconde Guerre mondiale éclate, il déserte l’armée italienne en 1943 pour rejoindre Odette qu’il avait épousée l’année précédente et refuse de revenir au front. Après la guerre, il s’investit dans son sport, la lutte, le catch. Mais en 1950, Lino Ventura, alors jeune champion d’Europe, chute et se brise la jambe, il va falloir se reconvertir. 

Touchez pas au grisbi, le premier film dans lequel Lino joue, est arrivé vraiment par hasard. Jacques Becker cherche une force de la nature pour jouer face à Jean Gabin. Et le cinéma est comme Jean Gabin, il aime d’emblée Lino Ventura. Rapidement, il obtient des seconds rôles dans, entre autres, Razzia sur la chnouffe d’Henri Decoin en 1955. Mais son premier rôle arrive sans tarder, en 1958 dans le Gorille vous salue bien de Bernard Borderie. Avec ce personnage de Géo Paquet, dit le gorille, il devient une star.

Il continue tout de même à incarner des seconds rôles dans des films épatants comme Marie-Octobre de Julien Duvivier en 1959, un véritable Dix petits nègres au cœur d’un réseau de résistants. Déjà au bout d’une quinzaine de films, Lino Ventura commence à se sentir à l’étroit dans les rôles de mec baraqué et de gangster et refuse de tourner les suites du Gorille, pourtant énorme succès commercial. Il veut des rôles plus complexes et plus vertueux. 

Même s’il est le meilleur dans l’utilisation de l’argot et de l’autodérision, honnêteté, pudeur et respect deviendront les maîtres mots de Lino Ventura. Il les imposera dorénavant aux réalisateurs et aux scénaristes qui viennent le solliciter. L’année suivante, en 1961, arrive le film que l’on voit presque aussi souvent à la télé que les Tontons Flingueurs et où les dialogue d’Audiard sont peut être encore meilleurs, Un Taxi pour Tobrouk de Denys de la Patellière, en 1961. 

Et viennent finalement les deux grands chefs-d’œuvre de Georges Lautner que sont les Tontons Flingueurs en 1963 et Les Barbouzes en 1964. Lino Ventura est inquiet en apprenant le scénario des Tontons Flingueurs, il ne pense pas être capable de remplacer le « grand » Jean Gabin, et encore moins d’assumer un rôle dans un film comique. Le voilà membre à part entière de la bande à Audiard, enfin, la bande à Mireille (Darc) comme certains l’appellent. Et même s’il adore « la grande sauterelle », ça l’énerve un peu ça. 

Retour aux côtés de José Giovanni, auteur du scénario du film Le Deuxième Souffle de Jean-Pierre Melville en 1966 avec un rôle pour Lino, comme il les aime : Gu, le Ganster. Mais Melville et Lino ont beaucoup de mal à travailler ensemble, ils ne tourneront donc que deux films tous les deux. En 1969, retrouvailles avec Jean Gabin dans Le Clan des Siciliens d’Henri Verneuil dont le scénario est encore signé José Giovanni.  

Les années 1970, c’est la rencontre de la star Lino avec Lelouch. Lino est un peu hésitant, mais son ami Jacques Brel le rassure, Claude Lelouch est un type formidable. Il y aura d’abord l’Aventure c’est l’Aventure et ils vont tellement bien s’entendre que Lino enchaîne devant la caméra de Lelouch avec une histoire de casse qui devient une histoire d’amour, peut être le meilleur Lelouch, La Bonne année

Mais dans ces années-là, le plus grand rôle de Lino et celui dont il était le plus fier sera celui du policier dans Cadavre Exquis de Francesco Rosi. Le film sera présenté à Cannes, dernier festival de l’acteur. 

Filmographie sélective

Extraits audio et archives INA

  • Interview de Lino Ventura par Monique Berger à la sortie de Touchez pas au grisbi, 15/03/1954.
  • Interview de Lino Ventura à propos de Le gorille vous salue bien, Journal de Paris, 07/07/1961.
  • Archive INA, conférence de presse à Cannes au sujet de Cadavre exquis, 19/05/1976.
  • Emission "Les étoiles du cinéma", France 3, 05/04/1986.
  • Emission "Cinéma, cinémas", Antenne 2, 1987.

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