Bourvil le tendre, le pudique, celui qui débuta dans le comique paysan et chanta des chansons qui serrent le cœur. Avec son sourire large comme une plage normande, Bourvil reste l’un des acteurs les plus drôles et les plus émouvants de l’histoire du cinéma français.

André Bourvil
André Bourvil © Getty / James Andanson

L'aventure pour Bourvil commence lorsqu'il a 20 ans. Alors encore nommé André Raimbourg, il voit Fernandel sur scène alors que jusque là il n’avait entendu son idole qu’à la radio. Choc, c’est ça et rien d’autre qu’il veut faire. Il s’inscrit au solfège et pratique des instruments de musique, il se met à imiter Fernandel et commence à être demandé dans le village, pour animer des fêtes et des mariages. 

Il participe à un radio crochet. Malgré le stress, Il interprète Ignace de Fernandel et remporte le premier prix. En 1943, André Raimbourg s’inspire de son idole en prenant Andrel pour pseudonyme et se met à courir les auditions. Quelques temps plus tard, Andrel devient Bourvil, du nom de son petit bourg normand auquel il enlève le deuxième L et le E de la fin. Il se compose un personnage d’andouille avec un costume trop court, une frange bien peignée sur le front, et se construit un répertoire à base d’anecdotes de paysans normands inspirées de son enfance. Une des chansons enfin cartonne, Les Crayons. Il devient une vedette parmi les chansonniers et à la radio. En 1945, il décroche une apparition dans La Ferme du Pendu de Jean Dréville. Deux ans plus tard, il joue dans Pas si bête d’André Berthomieu et le film atteindra six millions d’entrées. 

À la scène, il se rend vite compte qu’il doit renouveler son emploi de benêt chantant, surtout à la suite d’une véritable humiliation, le 9 décembre 1951, dans un gala au cirque de Rouen il est sifflé par les Normands, sans doute vexés de l’image de paysan un peu nigaud qu’il donne d’eux. Il se lance alors dans l’opérette. En 1952, il joue, encore, le rôle d’un dadais un peu niais dans Le Trou Normand de Jean Boyer. Déjà, il devient émouvant et surtout plus futé qu’il n’y paraît. En 1956, Bourvil reçoit une proposition qui pourrait vraiment le faire changer de registre et de la part d’un très grand metteur en scène de l’époque : Claude Autant-Lara, qui le veut pour la Traversée de Paris. Les producteurs émettent certaines réserves à l’idée de voir Bourvil dans un rôle dramatique mais la star du film Jean Gabin est confiant. Bourvil devient l’ami de Gabin et connaît les joies d’être une grande star. 

En 1958, Bourvil retrouve Gérard Oury dans le Miroir à Deux Faces d’André Cayatte. En attendant Le Corniaud, nous sommes en 1960 et Bourvil va jouer Passepoil, le fidèle compagnon de Lagardère dans le Bossu d’André Hunebelle. Même casting, même coupe de cheveux et même réalisateur pour Le Capitan

Et puis, arrive une rencontre qui compte, avec Jean-Pierre Mocky qui l’engage pour jouer un pilleur de tronc en 1963 dans Un Drôle de Paroissien. Le réalisateur anar devient l’un des cinéastes fétiches de l’acteur pudique et tous deux vont lier une amitié très forte. 

En revanche, il  y a aussi des rencontres qui déçoivent, surtout quand on est un homme aussi doux et gentil que Bourvil. Il a enfin l’occasion de jouer aux côtés de son idole de toujours, Fernandel, celui qui lui a donné cette envie d’être en haut de l’affiche, dans la Cuisine au Beurre. Mais il réalise alors qu’il n’a pas une once d’humour. L’idole tombe de son piédestal, mais le film reste un succès.   

Encore un ptit Mocky avec la Cité de l’Indicible Peur puis Le Corniaud de Gérard Oury en 1965, où Bourvil apprend à connaître le tempérament inquiet et tatillon de Louis de Funès. Le film totalisera plus de onze millions d’entrées. Bourvil tourne un joli film de Robert Enrico, Les Grandes Gueules, aux côtés d’un autre grand timide, Lino Ventura. Enfin, en 1966, c’est la Grande Vadrouille toujours de Gérard Oury. De Funès et Bourvil rient tellement qu’ils improvisent des scènes. C’est un triomphe, avec 17 millions d’entrées, record qui ne sera battu que 42 ans plus tard par Bienvenue chez les Ch'tis. Encore et toujours un Mocky, en 1968 c’est La Grande Lessive

Après Lino Ventura, Bourvil tourne, et ce sera aussi la seule et unique fois, avec Belmondo, dans Le Cerveau de Gérard Oury. Le duo fait des étincelles en cambrioleurs miteux, qui vaudront encore des millions d’entrées. Bref, les triomphes s’accumulent. En 1969, il tourne L’Étalon de Jean Pierre Mocky. Un matin, Bourvil ne répond pas à l’appel de la femme de ménage toquant à sa chambre. Il s’est évanoui à cause de la douleur intolérable provoquée par le cancer des os et la maladie de Keller contre lesquels il se bat dans la discrétion la plus absolue qui soit. Il meurt en 1970 à l’âge de 53 ans. Il venait de terminer, souffrant le martyre, les tournages de ses deux derniers films qui sortirent après son décès, Le Mur de l’Atlantique et Le Cercle Rouge où Jean-Pierre Melville lui offre l’un des plus beaux contre-emplois du cinéma.   

Bourvil, la bonté même, le courage en plus. Bourvil qui aimait faire rire tout en étant si fier de pouvoir émouvoir. 

Filmographie sélective

La musique

Seu pai, Arto Lindsay, Ponderosa Music et Art. 2017 

La Ballade irlandaise, Bourvil, 1958 

Les Crayons, Bourvil, 1945

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