Jean Poiret fut le Français qui mit Broadway à genoux dans les années 1980 avec l’histoire d’un couple homo qui souhaite avoir des enfants. Jean Poiret, celui qui pouvait se vanter que des clubs américains changent de noms pour s’appeler le Zaza Club, du prénom de Zaza Napoli.

Michel Serrault Jean Poiret dans "Ces messieurs de la gachette" (Raoul André, 1970)
Michel Serrault Jean Poiret dans "Ces messieurs de la gachette" (Raoul André, 1970) © Getty / Pierre Zucca / Collection ChristopheL

Enfant, Jean montre un intérêt particulier pour le monde du spectacle, et plus particulièrement pour l’opérette, où ses parents le mènent régulièrement. À 14 ans, il leur annonce qu’il souhaite interrompre ses études et entrer au conservatoire pour devenir comédien. Il passe une audition au Théâtre de l’Atelier, mais il échoue malgré des heures de répétition. Il ne se décourage pas et entre au centre de formation professionnel du spectacle auprès de Charles Aznavour. Il intègre le Cabaret des deux ânes. En 1952, Jean, 26 ans, se rend à une audition au théâtre Sarah Bernardt où il y rencontre le jeune Michel Serrault. Ils ont tout pour se plaire, c’est parti pour 40 ans d’amitié, de ping-pong verbal, de délire commun entre Poiret à l’humour plutôt britannique et Serrault à l‘humour complètement barré. Impossible de choisir entre tous les sketchs qu’ils ont produits ensemble.   

Michel Serrault, l'inséparable partenaire

Serrault sera toujours dans le paysage, même quand Jean Poiret fera du cinéma. Ça commence avecAssassin et voleur de Sacha Guitry. Le Grand Sacha a 71 ans, il ne veut plus faire l’acteur et offre son rôle de Philippe d’Artois, riche oisif et voleur par dandysme, à Jean Poiret dans lequel assurément il reconnaît son élégance et son sens du verbe. Face à lui, un cambrioleur : Michel Serrault. Nous sommes au début des sixties, l’époque est aux comédies légères de Boiron ou Christian Jacques avec de jeunes débutantes comme Brigitte bardot, Catherine Deneuve. Jean joue souvent les jeunes époux, toujours chic, parfois cocu. Il continue le théâtre avec Serrault, part en tournée, et lorsqu’il a quelques heures de répit à Paris, il apprend les langues étrangères et maîtrise vite l’anglais, l‘italien, l’allemand et le russe, il est infatigable. 

En 1963, Poiret s’éloigne un peu de Serrault pour aller tourner avec un jeune cinéaste auquel il restera fidèle, le fameux Jean-Pierre Mocky. C’est Francis Blanc, grand copain de cabaret de Jean Poiret qui les présente. Mocky cherche un partenaire pour Bourvil dans Un drôle de paroissien. 

Alors que Sacré Léonard, la revue délirante qu’il a écrite et dans laquelle il joue avec Serrault, Jacqueline Maillant, Michel Roux, Roger Carel, devient un phénomène et que la presse y voit une nouvelle forme de comique, il se retrouve en tête d’affiche avec son Michel en 1965 dans la tête du client de Jacques Poitrenaud, un délicieux polar comique vintage. Cette tête du client annonce beaucoup de choses : Serrault y joue un chapelier comme dans un futur film de Chabrol, Poiret le pousse dans un fauteuil roulant, comme dans un futur film de Mocky. Puis, il se lance dans un autre Mocky, La Grande Lessive, un autre délire avec Serrault et Francis blanche, ces messieurs de la gâchette de Raoul André, plus ou moins la suite de Ces messieurs de la famille

Une folle inoubliable

Dans les années 1970, il joue le soir dans le Canard à l’Orange et la journée, il écrit La cage aux folles. Comme Serrault demande un gros cachet pour jouer Zaza Napoli, Jean qui n’aime pas les conflits mais aime énormément Serrault compense et ne réclame au directeur du théâtre que 10% des recettes. Un soir de 1973, lors de la première le tout Paris est dans la salle et dès la première scène, les murs du théâtre du palais royal se mettent à trembler sous les rires du public. La scène de la biscotte entre d’emblée dans les annales, c’est le triomphe. La pièce sera jouée près de 1800 fois et vue par 1 millions de spectateurs. La cage aux folles est adaptée en comédie musicale à Broadway qui fera un triomphe elle aussi. Un petit Poiret / Serrault au ciné, et encore plus parce que dirigé par Pierre Tchernia leur grand copain : c’est en 1979 et c’est La gueule de l’autre

En 1985, Claude Chabrol, grand copain de Serrault, pense à Jean pour incarner un flic pas commode, assez acide, l’inspecteur Lavardin dans Poulet au vinaigre, puis il interprète le même personnage dans Inspecteur Lavardin ; En 1987, le tournage du Miraculé est le lieu de mille et un rires entre Serrault, Poiret et Moreau. Encore un rôle sérieux et doucereux à souhait dans Lacenaire de Francis Girod où il incarne le chef de la sûreté. 

Jean se met à écrire

Non pas une pièce, ni un sketch, ni une opérette, ni une adaptation mais enfin son premier scénario, l’adaptation du Zèbre de Alexandre Jardin, un livre qui parle à ce grand amoureux. Il laisse le rôle principal à Thierry Lhermitte. Alors que le montage du film n’est pas fini, Jean Poiret pense déjà à d’autres projets : un nouveau polar avec Chabrol, un spectacle de chanson avec Legrand, une pièce sur la Bonhommie dont il a promis le rôle principal à Josiane Balasko, une pièce pour Jacqueline Maillan, ou reformer son duo avec Serrault au cinéma comme Georges Lautner en rêve depuis longtemps. 

Le 14 mars 1992 au matin, Jean Poiret manque d’air, il meurt à son entrée à l’hôpital. 

Filmographie sélective

Extraits audio et archives INA

  • Extrait de "La cage aux folles" de Jean Poiret avec Jean Poiret et Michel Serrault, scène de la biscotte.
  • Sketch "Permis de conduire un orchestre" avec Jean Poiret et Michel Serrault.
  • Emission "Inter Actualités", France Inter, 22/01/1976.
  • Emission "Votre jardin secret" par Martine de Breteuil, 30/09/1969.
  • Emission "Inter Actualités de 13h", France Inter, 19/12/1984.

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