Dans la première partie, nous avons parlé des débuts et du pic de la carrière de Romy Schneider, de ses rôles angéliques et de son envie d'évolution vers un personnage moins innocent. Cap sur la suite de sa carrière, des rôles bien plus dramatiques aux côtés de réalisateurs d'exception.

Romy Schneider sur le tournage du film "Les Innocents aux mains sales" de Claude Chabrol
Romy Schneider sur le tournage du film "Les Innocents aux mains sales" de Claude Chabrol © Getty / Sunset Boulevard/Corbis

Romy Schneider, interprète si bouleversante que son rimmel coule dans L’important c’est d’aimer ou qu’elle regarde en souriant César, prêt à acheter un quartier entier pour l’épater, ou à dépérir sans elle. Claude Sautet avait écrit une première version du film en 1963. Sept ans plus tard, il la réécrit entièrement avec Jean-Loup Dabadie pour en faire, comme il disait « un drame gai ». Un tournage plus tempétueux que ses deux précédents avec Romy, mais un chef-d’œuvre de triangle amoureux à l’arrivée. 

Dans les années 1970, comme portée par les succès avec Sautet, elle enchaîne les rôles. Toujours pour de grands cinéastes qui ne peuvent se priver de sa présence magnétique, vibrante, de cette capacité à part d’émotion. Dans L’Important, c’est d’aimer, le premier film français d’Andrej Zulawski, Romy est Nadine, une actrice qui n'arrive pas à dire « Je t'aime » sur un plateau de tournage. Ce rôle, difficile à interpréter pour Romy Schneider, lui vaudra son premier César. Heureusement, il y d’autres cinéastes, tout aussi talentueux, mais qui ne demandent pas à leurs interprètes de vendre à ce point leur âme au diable, comme Claude Chabrol, qui la dirige dans Les Innocents aux Mains Sales. Dans une villa de la Côte d'Azur, une femme et son amant préparent leurs projets machiavéliques pour éliminer le mari. Peut-être pas le meilleur Chabrol, mais l'ombre de Hitchcock plane si bien…

L'année 1975 est celle du film Le Vieux Fusil. Impossible de ne pas être happé par ce drame inspiré du massacre d'Oradour-sur-Glane qui remporta le César du meilleur film, du meilleur acteur pour Philippe Noiret et de la meilleure musique pour François de Roubaix, lors de la première cérémonie des Césars de l’histoire. Le couple Noiret-Romy se reforme illico dans Une Femme à sa Fenêtre de Pierre Granier-Deferre. 

A la fin des années 1970, François Truffaut encourage Claude Sautet à écrire une sorte d’équivalent de Vincent, François, Paul et les Autres mais du côté des femmes. Il décide qu’elle en sera le centre, l’héroïne. En ne pensant qu’à elle, il se lance dans l’écriture d’Une Histoire Simple. Le film est nommée à l’Oscar du meilleur film étranger. Claude Sautet s’en fiche comme de sa première gitane, la seule chose qui l’émeut, c’est que Romy remporte, grâce au rôle de Marie, son deuxième César de la meilleure actrice. C’est Yves Montand qui lui avait remis son César. Son César de Rosalie, elle le retrouve, devant la caméra de Costa Gavras dans Clair de Femme.

En 1980, Bertrand Tavernier réalise La Mort en Direct, adapté d’un roman anglais de David Compton. Romy exige que son fils David fasse une apparition à l’écran. Elle s’avance, donc, souriante, dans un jardin public, vers un enfant blond avec un ballon lequel elle s’agenouille. C’est comme si elle l’avait senti : David restera immortel, comme elle, gravé sur pellicule.

Le visage de Romy est un paysage où les expressions changent en une fraction de seconde, et où la mort succède à la vie. L’actrice ne semble déjà plus de ce monde dans Fantôme d’Amour de Dino Risi où elle réapparaît dans la vie de celui qui l’aimait, Marcello Mastroianni. Et c’est tel un fantôme, sorti de la nuit, aussi, qu’elle vient enfoncer son mari, Michel Serrault, dans Garde à Vue, avant de se tuer en comprenant qu’elle s’est trompée. David est parti. Le sort s’acharne de la pire des manières. Parce que Jacques Rouffio la soutient, parce que le film sera avec son grand ami Michel Piccoli, elle tient à tourner, en novembre, en Allemagne La Passante du Sans-souci, où elle joue avec un garçon du même âge que celui de son fils David.

Romy Schneider n’a pas tenu. Le cœur de la combattante a fini par lâcher. Elle n’a même pas eu la force de terminer une lettre où elle décommandait un prochain rendez-vous. Comme dans La Mort en Direct de Bertrand Tavernier, Romy a fuit toutes ses caméras, les bonnes, comme les plus charognardes, pour être libre. Sur sa tombe, dans le petit village des Yvelines proche de cette maison qu’elle n’eut pas le temps d’aimer, est inscrit, elle y tenait, son nom de naissance : Rosemarie Albach-Retty. La femme, donc, est morte. Pas l’actrice. Ni Hélène, ni Nadine, ni Marie, ni Rosalie.  

L'équipe
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.