"En l'absence de talent, on se croyait obligé d'être intelligent." Citant Baudelaire, il se drapait dans "le plaisir aristocratique de déplaire" à tous, sauf au public, qui fut le seul, c’est vrai, et pendant très longtemps, à le considérer comme "important".

Henri Verneuil et Jean-Paul Belmondo sur le tournage de "Peur sur la ville"
Henri Verneuil et Jean-Paul Belmondo sur le tournage de "Peur sur la ville" © Getty

Henri Verneuil se disait avant tout " conteur oriental ", attaché au récit, à son intelligibilité

Quand, à 27 ans, il tourne un documentaire, Escale au soleil, il convainc Fernandel d'en dire le commentaire. Quelques réclames et autres courts métrages plus tard, l'acteur le choisit pour mettre en scène La Table aux crevés (1952), beau drame paysan adapté de Marcel Aymé. Le comédien impose ce débutant : « si ce n’est pas le jeune Verneuil, je ne fais pas le film ». Naissance d'une amitié entre Fernandel et Henri qui sait, déjà, qu’il n’en restera pas là. Verneuil fait huit films en sept ans avec Fernandel, passant de la chronique lourdement méridionale comme Le Boulanger de Valorgue, en 1952, à la comédie catastrophe comme L'Ennemi public no 1, tourné en partie à New York, l’année suivante. Et puis arrive leur triomphe commun, surdiffusé et colorisé, La Vache et le Prisonnier en 1959.

Sa collaboration avec Fernandel ralentie, mais l’amitié reste bien vivante. En 1956 Verneuil trouve une nouvelle inspiration en Jean Gabin, Des gens sans importance

C'est le milieu des années 50, et déjà Verneuil à réussit à se faire un nom au milieu des réalisateurs français. Il tourne Les Amants du Tage, adapté de Joseph Kessel. Il écrit le scénario avec François Boyer, qui sera responsable, également, de trois ou quatre des meilleures répliques d'Un singe en hiver.

Chez Verneuil, le succès récompense toujours la fidélité. Et fidèle, il l'est, Henri le déraciné. Il ne fonctionne même qu'à ça. Il aime mettre ses films au service des acteurs : pendant trente ans, les plus belles têtes d'affiche y défileront.

Au début des années 60, Gabin revient derrière la caméra de Verneuil pour Le Président, Un président tonitruant, débitant son monologue audiardien devant l'Assemblée nationale médusée. A peine quelques mois plus tard, Verneuil ne voyait que Gabin pour jouer dans un Singe en hiver. Le coup de maître, bien sûr, fut de lui adjoindre Belmondo, le chien fou de la Nouvelle Vague. Comme on vole son atout maître à l'ennemi.

L'année d'après, Verneuil filme le passage de relais entre Gabin, casseur à l'ancienne, et Delon, gangster new look dans Mélodie en sous-sol. Adapté d’une Série noire par son auteur Albert Simonin, ce polar reste exemplaire pour de nombreux cinéastes, dont Quentin Tarantino, qui s’en inspira pour Reservoir Dogs. Ce film lui ouvre les porte d’Hollywood. 

En 1968, Verneuil tourne La Bataille de San Sebastian, une baston mexicaine, avec Anthony Quinn, et une musique d’un Italien pas encore très connu à l’époque. Mais ce film est malheureusement un échec. C'est avec Cent mille dollars au soleil qu'il a encore enrichi son clan de vrais mecs, d'acteurs plus grands que l'écran, puisque Lino Ventura, cette fois, est de la partie. D'où le trio suivant, le brelan d'as épatant du Clan des Siciliens, en 1969, réglé comme du papier à musique, composée, à nouveau, par Ennio Morricone.

Dans les années 70, Verneuil est de retour d’Amérique. Pour Le Serpent, il s’offre une légende vivante, Henri Fonda. Ces années sont celles des triomphes pour Verneuil. En 1975, c’est Peur sur la ville avec Belmondo et à nouveau les musique d’Enio Morricone. L’acteur et le réalisateur enchaîne ensuite avec Le Corps de mon ennemi. C’est ensuite avec Patrick Dewaere,au début des années 80, que Verneuil collabore dans Mille Milliards de Dollars, un film très politicé et profondément anti-américain 

Verneuil souffrit toute sa vie du racisme, car même Gabin, sans penser à mal, l'appelait l'Arménien. Il souffrit surtout d'une immense solitude car pratiquement tous ses films furent méprisés par la critique. Mais, très fier, il prétendait préférer rester seul…

Henri Verneuil arrête de tourner en 1992 après s'être raconté dans Mayrig. La boucle est bouclée. A la quarantaine, et grâce au succès, il avait pu offrir à Mayrig (" maman " en arménien) une maison à Marseille dans la partie fortunée de la rue Paradis. Il a gagné le sien, le bonhomme à la pipe et aux Rayban Aviator fumées.

Filmographie séléctive 

Le clan des siciliens, Henri Verneuil, 1969 

Mayrig, Henry Verneuil, 1991 

588, Rue Paradis, Henri Verneuil, 1992 

Le mouton à cinq pattes, Henri Verneuil, 1954

La vache et le Prisonnier

Les amants du tage, Henri Verneuil, 1955 

Des gens sans importance 

Le président 

Un singe en hiver, Henri Verneuil, 1962

Mélodie en sous-sol

Week end à Zuydcoote 

Cent Mille dollars au soleil 

Peur sur la ville 

Le corps de mon ennemi 

I… comme ICARE

Mille Milliards de dollars

Les musiques de l'émission : 

Paris, L'impératrice.

Found the one, Ben Harper et Charlie Musselwhite.

La mama, Charles Aznavour.

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