Il n’est pas besoin d’avoir une filmographie longue comme des Gérard ou des Jean-Louis pour imprimer, à jamais, sa marque dans les mémoires. Pour imprimer leur grâce singulière, Marie Trintignant et Guillaume Depardieu furent de ces acteurs inoubliables.

Guillaume Depardieu et Marie Trintignant dans le film de Pierre Salvadori "Comme elle respire" en 1998
Guillaume Depardieu et Marie Trintignant dans le film de Pierre Salvadori "Comme elle respire" en 1998 © AFP / Collection Christophel © Canal+ / CNC

Deux étoiles filantes, de plus en plus bouleversantes au fil du temps et dont la mort advint après beaucoup de souffrances. Une fille et un fils de. Avec des pères difficiles à dépasser, des géants qui peuvent boucher l’horizon, enfin l’un sûrement plus que l’autre avec son énorme corps. 

D’un côté, donc, Guillaume Depardieu, comédien génial, mais aussi poète, musicien, homme souffrant, ange déchu. Un ange qui s’abîma à mélanger le plein de vie, les gouffres amers et les paradis artificiels.  Blond aux yeux si bleus qui perdit une jambe, puis la vie. 

De l’autre, Marie Trintignant, charme incarné, talent piquant et cette superbe voix éraillée comme s’il fallait tirer sur la corde vocale pour mieux vibrer. Des yeux noirs et des pommettes hautes atrocement tuméfiées, un soir, dans un hôtel et une chambre de violence inacceptable. 

De leurs morts, ici, on ne parlera plus, ou seulement pour dire que les deux anges durent être rapatriés, alors qu’il était déjà trop tard, l’une de Lituanie, l’autre de Roumanie, vers la France. 

Car, dans leurs carrières, il y a des points communs plus heureux. Pour certains, hilarants. Car leur plus beau point commun se nomme Pierre Salvadori. 

Avec Cible émouvante, en 1993, Pierre Salvadori, à 28 ans, signait un premier film déjà parfait et jubilatoire. Il y avait, bien sûr, Jean Rochefort en tueur à gages flegmatique, mais le jeune cinéaste trouvait en Guillaume Depardieu une sorte d’alter ego maladroit et rêveur, et en Marie Trintignant, une nouvelle Arletty, qui signifie son intérêt pour les messieurs à son goût, en leur demandant distraitement : 

Combien vous pesez ?

Grâce à Pierre Salvadori, le jeune blond pataud et la brune piquante avaient trouvé leurs incarnations modernes. 

Dans le Salvadori suivant, encore une pure merveille, Marie ne joue qu’un petit rôle, à croquer avec son béret en laine, car c’est un grand film d’amitié masculine, envers et contre la loose : dans Les Apprentis, en coloc avec François Cluzet, Guillaume Depardieu est Fred, un jeune mec qui rêve et glandouille, boit de la vodka et fait du ski dans l’escalier. 

Guillaume Depardieu a vécu une adolescence perturbée. Toxicomanie. Incarcération. Condamnations diverses pour outrages et autres infractions. Mais l’ami Salvadori démontre que Guillaume est, en fait, la tendresse même, que son sourire d'une naïveté désarmante est son vrai sourire. Un merveilleux apprenti de la déclaration d’amour. Et le César du meilleur espoir masculin à la clé. 

Et puis il y a l’acmé, le sommet : Comme elle respire, leur troisième opus ensemble, Guillaume, Pierre et Marie. C’est elle qui mène la danse, il est amoureux, la suit, la fait enlever. Elle est descendante de Sissi. Son père a inventé le Synthol. Elle prend le métro pour rejoindre une amie au Pakistan. Elle incarne une mythomane de compétition dans cette comédie géniale où mentir, c’est aussi refuser de mourir. 

Les musiques de l'émission :

  • Need a Little Time, Courtney Barnett.
  • À une passante, François & the Atlas Moutains.
  • Sur le Bout de la Langue, Bazbaz.
  • La Violence, Guillaume Depardieu.
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