Sa carrière fut celle, éclectique et sans gêne, de ceux qui ne cachent pas que leur art est aussi un gagne-pain, acceptant les nanars pour contenter leur percepteur. Il n'a pas toujours eu le beau rôle et en a même joué de très mauvais ! Il en riait, cachant son éventuelle amertume avec, là encore, beaucoup de talent.

Michel Galabru durant le tournage du téléfilm 'Polly West est de Retour'.
Michel Galabru durant le tournage du téléfilm 'Polly West est de Retour'. © Getty / RUSSEIL christophe/Sygma

Son nom sonnait comme celui d’un mont provençal dans un livre de Pagnol. Comédien de tous les excès, Michel Galabru était la faconde même et c’était particulièrement bizarre de lire dans les nécrologies qui parurent le 4 janvier 2016 quand il mourut à l’âge de 93 ans, qu’il venait de "s'éteindre". Galabru, éteint ? C’était bien la première fois. 

Élève assez médiocre, considéré comme un cancre par les prêtres de son collège catholique, il veut être footballeur puis comédien, comédien, comédien… Et le parcours de Sacha Guitry, piètre élève à l'école, tout comme lui, l’influence tout particulièrement : 

J'ai été mis dehors de sept écoles différentes. Remarquez, Guitry a été viré douze fois. Ça prouve bien qu'il avait plus de talent que moi.

Au théâtre, Michel Galabru sera toujours gâté. Au cinéma, moins : 

On me donnait des rôles de gros, de cocus, ça ne m'intéressait pas, mais il a fallu passer par là… pour bouffer. 

Des titres comme Y a un os dans la moulinette (1974), ­Arrête de ramer, t'attaques la falaise ! (1979), ou encore Le Téléphone sonne toujours deux fois (1984), entre autres, témoignent en effet des contingences purement alimentaires d'une partie de sa carrière.

La filmographie de Galabru est donc jonchée de « panouilles » pas permises, mais, à chaque fois, il mettait toute son énergie à transformer des seconds rôles ringards en sommets de dinguerie.

Ne pas être trop regardant peut aussi s'avérer vraiment payant puisque, à l'origine, personne ne croit au Gendarme à Saint-Tropez qui fait finalement de Galabru le deuxième plus célèbre gendarme de France et l'indispensable faire-valoir de Louis de Funès. 

Gros nez, bouche lippue et petits yeux perçants qui pouvaient prendre des contours de fourberie s’il le décidait, Michel Galabru avait un physique à la Daumier. Il s'en est accommodé et n’hésitait jamais à balancer une blague salace pour accentuer cette légende de bon vivant, et dont la légende, justement, dit que c’est à lui que Jean Rochefort vola son juron préféré : 

Volaille de merde !

Même avec deux cent cinquante films à son actif, le théâtre resta, toujours, la grande affaire de sa vie, le lieu de tous les excès possibles et même souhaités. À la différence du cinéma, sa carrière sur les planches, elle, donc, fut un sans-faute. Pendant cinquante ans, il alterne sans relâche textes classiques et pièces de boulevard à succès. Il achète son propre théâtre dans les années 1980. 

Finalement, on peut dire qu'il avait l'ego trop léger pour se rendre compte qu'il faisait le poids. 

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