Bertrand Belin

« Je veux bien suivre un chemin, mais sans qu’il y ait des murs sur les côtés », dit Bertrand Belin. C’est exactement ce qu’on entend dans PARCS : douze chansons qui s’inscrivent parfaitement dans la discographie et le style de Bertrand Belin - voix basse, poésie économe et mots choisis, souvenirs de paysages musicaux américains - tout en accueillant la pop, tout en s’abandonnant au vertige. Après le mat et minéral Hypernuit , PARCS est un album d’aube rougeoyante, de lumières mouvantes, d’arrangements comme des étoiles qui scintillent. C’est l’album le plus sensuel et charnel de Bertrand Belin, traversé par le monde, corps et âme. Au milieu de ces riffs de guitare et de ces nappes de claviers, Bertrand Belin chante comme un poisson dans l’eau. Si si. Et Comment ça se danse ? demande-t-il au début de PARCS . Comme une valse d’équinoxe, un ballet flottant sur des terres gorgées d’eau, inondées. Dans les textes, il est souvent question de l’idée du plongeon, de la terre et des certitudes qui se dérobent, du moment qui précède celui où tout peut arriver.

Bertrand Belin
Bertrand Belin © Ph. Lebruman

Après la sortie de son album Parcs en mai dernier, une grande tournée qui passe par Paris-Le Trianon, le 15 octobre...toutes les dates sur sa page facebook.

Trajal Harrell

« Que se serait-il passé si en 1963, la scène du voguing de Harlem avait rencontré celle de la danse post-moderne à la Judson Church ? ». De cette fiction de départ, Trajal Harrell a tiré une série de spectacles de tailles et de formats différents – allant du XS au XL – et développant chacun un nouage spécifique entre ces deux mouvements a priori éloignés. Si le voguing , né dans la communauté noire homosexuelle, a repris à son compte les codes vestimentaires et les attitudes de la société dominante pour les détourner, les chorégraphes de la Judson Church cherchaient à travers l’analyse du mouvement une mise en critique des conventions spectaculaires. Le voguing et la danse post-moderne ne cherchent-ils pas tous deux à atteindre une forme de « realness », au moyen d’une déconstruction radicale des codes – que ce soient ceux du genre ou de la représentation ? Entremêlant les questions esthétiques et politiques, Trajal Harrell nous offre ainsi un regard volontairement « impur » sur les influences hétérogènes qui travaillent la danse contemporaine. La taille (L ) déplace une nouvelle fois l’angle de lecture pour proposer un écart maximum : peut-on remonter le théâtre grec en faisant appel aux codes du voguing ? L’assimilation par cette danse de référents culturels allant des hiéroglyphes égyptiens aux postures de mannequin offre un biais pour approcher le contexte performatif antique – où les poses, le travestissement et la démesure étaient autant de stratégies servant à réfléchir l’état de la Cité. En traitant la figure d’Antigone – femme prenant position contre les lois, Antigone Sr. active un point de perturbation politique aussi bien que sexuel et formel : voguer Antigone au filtre de la Judson Church, pour réinventer un devenir physique plein d’ambiguités, injecter de nouvelles significations dans notre vision de l’Histoire. Car le plus grand écart ne permet-il pas d’atteindre le plus grand effet de réalité ?

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Trajal Harrell
Trajal Harrell © Radio France / DR
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