Charline Vanhoenacker et Thomas Croisière reçoivent Jeanne Balibar, égérie du cinéma français et d'auteur, passée par les planches du Conservatoire Supérieur National d'Art Dramatique de Paris et ayant travaillé avec les plus grands réalisateurs. Elle sort "Merveilles à Montfermeil", fable onirique et utopique.

La cinéaste Jeanne Balibar au 72e Festival International du Film de Locarno, Suisse, août 2019
La cinéaste Jeanne Balibar au 72e Festival International du Film de Locarno, Suisse, août 2019 © Maxppp / URS FLUEELER / EFE / Newscom

Sorti en salles le 8 janvier, "Merveilles à Montfermeil"

affiche un casting d'acteurs à la fois confirmés (Emmanuelle Béart, Ramzy Bedia, Mathieu Amalric, Frank Castorf et Philippe Katerine) mais met également à l'écran des amateurs issus de la banlieue de Montfermeil.

J’aime mélanger les genres grâce à mon expérience personnelle.

En effet, soucieuse de refléter la diversité et la richesse de Montfermeil, la réalisatrice et actrice Jeanne Balibar s'est employée à mettre en place des ateliers de travail sur le corps et la musicothérapie avec Emmanuelle Parrenin, Jérôme Bel et Jeanne Lapoirie, qui se sont ensuite transformés en ateliers rémunérés avec tous ceux voulant travailler sur le film. En somme, il s'agissait de "castings d'accueil" selon elle.

Emmanuelle Béart est à la racine de ce film. C’est une actrice incroyablement articulée, précise.

Le projet émerge au milieu des années 2000 puis se confirme lors de la décennie suivante. Elle réfléchit longtemps à un scénario qui met en scène une équipe municipale fantaisiste questionnant les problèmes de société (la sexualité, le sommeil, les langues...)

Il y a 62 langues parlées à Montfermeil et à Clichy-sous-Bois. 

Si les financements sont difficiles à obtenir, ils n'empêchent pas de déployer une musicalité étonnante et détonnante tout au long du film qui s'inspire des comédies musicales de Jacques Demy.

Au centre de tout, la politique et la satire. 

Car Jeanne Balibar est engagée dans plusieurs luttes

notamment dans les débats sur l'immigration. En 1998, elle assiste à l'évacuation de l'église Saint-Bernard et milite en faveur des échanges culturels.

Elle s'engage également auprès d'Act-Up et défend le statut d'intermittence.

Pour être vraiment drôle, il faut prendre les choses au sérieux.

Enfant d'intellectuels de gauche (le père est un philosophe spécialiste de Marx et proche d'Althusser, et la mère est physicienne spécialiste d'Einstein), elle avoue une grande passion pour les langues étrangères - comme le démontre son film - en apprenant à 16 ans l'Allemand et sa littérature, puis deux ans plus tard l'Anglais.

Elle suit une scolarité de sport-études qui lui apporte une discipline de corps et d'esprit à travers la danse (ses parents s'opposent toutefois à son entrée à l'Opéra Garnier et se montrent réticents face à cette activité). La jeune fille intègre ensuite une hypokhâgne-khâgne au lycée Henri IV, Normale Sup et sur un coup de tête se présente à 23 ans (date limite) au concours du Conservatoire. Elle réussit l'examen d'entrée avec brio et part pour une carrière prestigieuse, très rapidement sollicitée par la Comédie-Française (qu'elle quitte en 1993).

Il faut laisser parler l’inconscient, c’est plus marrant.

De ces expériences au sein des lieux de culture élitiste, elle retient leur caractère à saper la création individuelle et l'esprit d'initiative tout en ayant une grande estime pour le service public.

Côté carrière

elle tourne avec les plus grands réalisateurs : Pia Marais, Arnaud Desplechin, Bruno Podalydès, Laurence Ferreira Barbosa, Mathieu Amalric, Olivier Assayas, Jean-Claude Biette, Benoît Jacquot, Jeanne Labrune, Raoul Ruiz, Jacques Rivette, Diane Kurys, Olivier Dahan, Pawel Pawlikowski… 

En 1998, elle obtient le prix d'interprétation au Festival de San Sebastian pour Fin août début septembre d'Olivier Assayas. En 2013, elle est l'invitée d'honneur du Festival du film de femmes de Créteil et en 2018, c'est la consécration avec le César de la meilleure actrice pour Barbara.

Je pense qu’il faudrait que la politique nationale donne à la politique locale des moyens d’agir.

Parallèlement, elle développe une carrière de chanteuse avec deux albums (Paramour en 2003 et Slalom Dame en 2006).

Et s'affiche régulièrement au théâtre, ayant rejoint au début des années 2010 le troupe de Frank Castorf à la Volksbühne de Berlin.

Elle critique enfin l'absence de femmes cinéastes dans un univers majoritairement dominé par les hommes.

Sommaire

Les élections municipales ont lieu dans deux mois. Un maire sur trois ne se représente pas, en revanche, tous les ministres se bousculent pour être sur les listes. Hier, Marlène Schiappa a annoncé sa présence sur la liste En Marche à Paris…

Grâce à la technologie, il n’est déjà plus nécessaire de devoir apprendre une langue pour communiquer. Le fameux CES, le salon Hi-Tech de Las Vegas propose des lunettes de traduction instantanée…

Certaines entreprises comme Renault ou Adidas ont constaté que  la sieste augmente la productivité de leurs salariés de 35%. Elles dédient donc des espaces à la sieste ou plutôt aux power-naps comme on dit dans la start-up nation. Alors, est-ce que in sieste we trust ?

Retrouvez toute l'équipe de "Par Jupiter !" avec :

La chronique de Thomas VDB : 3e guerre mondiale, ascension vers la désescalade 

La chronique posthume de Christine Gonzalez : Ok Cloclo

La chronique littéraire de Juliette Arnaud : Jeanne Balibar, Merveilles à Montfermeil

La chanson de Frédéric Fromet : Jésus est pédé

Les invités
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