Charline Vanhoenacker et Alex Vizorek reçoivent Agnès Troublé, alias Agnès b., créatrice de la maison de mode éponyme, mais aussi mécène, galeriste, photographe, cinéaste, et mère de famille. Styliste philanthrope, elle fait paraître en cette saison "Je chemine avec Agnès b.", longs entretiens sur son parcours (Seuil).

Agnès B. en octobre 2018
Agnès B. en octobre 2018 © Getty / Victor Virgile

B comme Bravoure

Agnès Troublé naît en 1941 dans une famille typiquement versaillaise, catholique, composée de militaires et d'avocats (comme son père). Elle entretient des relations distantes avec sa mère, qui l'oblige avec ses sœurs à la vouvoyer.

En 1958, elle se marie avec Christian Bourgeois avec qui elle aura deux jumeaux, dont Etienne, l'actuel directeur général de sa maison de mode. Auprès de lui, elle côtoie Alberto Giacometti, Edouard Glissant, Jean-Luc Godard, Pierre Nora. 

Mais le couple bat de l'aile et ils divorcent, ce qui n'est pas du goût de la famille bourgeoise d'Agnès. Elle retiendra certes l'initiale de son premier époux mais va devoir enchaîner les petits emplois avant de connaître la renommée. C'est avant tout une femme courageuse qui s'inscrit dans l'air de libération des femmes des années 1960.

Suivront ensuite deux autres relations, l'une avec le publicitaire Philippe Michel dont sera issue une fille Ariane, et l'autre avec Jean-René Claret de Fleurieu (beau-fils de Pierre Mendès France) dont sera issue deux autres filles.

B comme Basic

C'est au début des années 1960 que la future créatrice de la maison Agnès b. fait ses premiers pas dans la mode : elle est repérée par Annie Rivemale, alors directrice mode du magazine Elle qui l'embauche comme rédactrice. Puis elle est repérée par Jacqueline et Elie Jacobson de Dorothé Bis en tant que styliste et travaillera également pour Cacharel.

Son second époux la pousse à déposer sa marque Agnès b. en 1973 qui propose du luxe à prix accessible et influencé par la pop culture. Deux ans plus tard, elle ouvre sa première boutique à Paris, à quelques pas du Canal Saint-Martin.

Le succès arrive en cette fin des années 1970 : elle dessine (puisque c'est l'unique styliste de la maison) le fameux cardigan à bouton-pression en 1979 qui deviendra un basic dont les jeunes filles raffoleront et qui sera remis au goût du jour en fonction des époques.

Très vite le succès est international : en 1980 sa première boutique à New York dans le quartier de Soho attire une foule de clients.

Dans la décennie 1980 viendront les lancements de la ligne homme, de la ligne enfant, d'une création de ligne de cosmétiques vendus à Monoprix.

Les années 1990 marquent un tournant : elle débarque en Asie avec l'ouverture de sa première boutique à Hongkong. Aujourd'hui, le continent du soleil levant représenterait 80% du chiffre d'affaire du groupe.

On peut réussir sans faire de publicité.

Au cours des années 2000, elle signe de nombreux partenariats, avec Smart notamment pour une série limitée de 400 véhicules et avec le fabricant Toshiba.

Son parcours de créatrice est sillonné par des rencontres : elle a habillé David Bowie, Harvey Keitel, Jonas Mekas, Patti Smith, Oxmo Puccino, Harmony Korine... les acteurs des films de Quentin Tarantino et de David Lynch.

Ce qui singularise surtout la maison de mode est son investissement dans le made in France : un engagement politique, esthétique et éthique. Même si aujourd'hui elle est contrainte de se tourner vers des producteurs étrangers pour certaines matières, 35 à 40% des collections sont conçues en France.

B comme Bonté

Dès son enfance, elle se passionne pour l'art en accompagnant son père dans les musées italiens où elle découvre Botticelli, Raphaël... Très tôt elle s'imagine en conservatrice et suit les cours du soir de l'Ecole du Louvre avant d'être stagiaire à la Galerie-Librairie Kléber de Jean Fournier.

En 1984, elle ouvre la Galerie du Jour et débute sa collection en art contemporain. C'est en acquérant un autoportrait de Jean-Michel Basquiat qu'elle prend conscience de ses achats constituant à présent une riche collection contenant des œuvres de Tracey Emin, Simon Hantaï, Louise Bourgeois, Claude Lévêque, Jonas Mekas... et des photographies d'Henri Cartier-Bresson, Ryan McGinley, Diane Arbus, Robert Mapplethorpe, Weegee, Nan Goldin, Andy Warhol, Helen Levitt, Bérénice Abbott...

Véritable mécène pour les jeunes artistes, elle affiche son soutient pour Gaspard Noé en finançant son premier long-métrage Seul contre tous.

Faisant confiance à son instinct, elle s'oppose à François Pinault et ouvrira à la fin du mois de janvier 2020 sa fondation "Fab" dans le XIIIe arrondissement qui accueillera l'ancienne Galerie du Jour, la Librairie du Jour et des événements solidaires. Des expositions thématiques mettront en valeur sa large collection.

B comme Bâtir

Celle qui a subi les attouchements d'un oncle incestueux entre 12 et 16 ans a aussi réalisé le film Je m'appelle Hmmm... sorti sur les écrans français en 2014 qui se base sur son vécu. 

Je m’appelle Hmmm est resté 6 mois au Japon contre 1 en France. J’aime beaucoup ce film même si c’est un film amateur.

Elle met en cause l'absence de protection face aux violences sexuelles et infantiles, et elle plaide de fait pour le respect de l'intimité des mannequins dans les défilés, afin d'éviter toute sorte d'harcèlement.

Elle s'est engagée par ailleurs dans la lutte contre le sida en distribuant gratuitement des préservatifs dans ses boutiques.

L'environnement est un grand combat qu'elle mène de front pour bâtir une société plus responsable. Tri sélectif, volonté de privilégier les petits producteurs locaux et les artisans, achats de produits frais font partie de sa démarche. A l'aube des années 2000, elle acquiert la goélette Tara pour sa fondation Tara Expédition dont elle finance les voyages scientifiques qui permettent aux équipes participantes d'étudier la santé des récits coralliens et le réchauffement climatique.

Il faut que les riches partagent et qu’ils paient leurs impôts.

Engagée à gauche, elle a fait preuve d'un soutien indéfectible pour François Hollande à qui elle a proposé ses services de styliste et qui lui a remis la Légion d'Honneur en 2016. 

Elle milite en faveur de la hausse des allocations familiales pour combler les inégalités, de la dépénalisation du cannabis et surtout défend la nécessité de payer ses impôts en France.

Sommaire

Il est surnommé « Le Banksy du Yémen » pour sa fresque qui dénonce la vente d’armes françaises à l’Arabie saoudite. Il s’appelle Murad Subay, il est réfugié yéménite, street artiste et il expose sur les murs la logique de nos dirigeants…

Des maires de Seine-Saint-Denis ont interdit la projection du « J’accuse de Polanski » avant de se raviser… Ça met une bonne ambiance ces municipales, pour que des politiques prennent en charge la programmation des cinémas…

Les Chinois ont tué la Charentaise. Les quatre derniers fabricants charentais s’étaient soudés au sein d’une Manufacture pour faire front, mais sa liquidation a été prononcée la semaine dernière. Et la Charente ne fabriquera plus son fameux chausson… Où peut-on trouver les dernières paires ?

Retrouvez toute l'équipe de "Par Jupiter !" avec : 

La chronique de Djubaka : Brittany Howard, « Jaime »

Le moment Meurice : Le Beaujolais nouveau est arrivé !

La chronique d'Isabelle Sorente : L'erreur et la dette

Les invités
  • Agnès BStyliste, collectionneuse d’art contemporain
Programmation musicale
Les références
L'équipe
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.