Charline Vanhoenacker et Alex Vizorek reçoivent Sabri Louatah, écrivain et scénariste français d'origine algérienne. Il sort son dernier roman dystopique "404" (Flammarion) après le succès retentissant des "Sauvages", une saga politique et critique en 4 tomes et quelques 1 500 pages adaptées en série télé sur Canal+.

Sabri Louatah en 2011
Sabri Louatah en 2011 © Jean-Luc Bertini / Flammarion

Né dans le "sous-prolétariat kabyle" comme il le dit,

Sabri Louatah a grandi en même temps que ses parents (qui l'ont eu à 20 ans) et est l'aîné d'une fratrie de trois enfants. 

Sa mère, femme au foyer, et son père, qui cumule les emplois précaires, lui communiquent un goût pour la liberté, la joie de vivre et surtout un refus des dogmes religieux et politiques.

Ajouter un chapitre, c’est aussi faire un aggiornamento du regard, des représentations.

A Saint-Etienne où sa famille réside, sa mère l'inscrit dans un collège privé catholique (l’école mariste Notre-Dame de Valbenoîte). Une première confrontation avec ses origines. 

Ensuite, il intègre grâce à une bourse une classe préparatoire littéraire au lycée Le Parc à Lyon. Bien que cette formation lui apporte une culture générale, il rejette l'aspect académique et le conditionnement qui le pousse à refuser de rédiger une dissertation sur Crébillon et lui ferme ainsi les portes de Normale-Sup.

On a tous intérêt à voir moins flou.

Après trois années passées en classes préparatoires, il arrête les études, s'enferme chez lui et écrit. D'abord des pastiches de ses auteurs favoris (Balzac, Proust, etc.), puis esquisse les portraits des personnages qui peupleront Les Sauvages, longue fresque de 1 500 pages initiée à l'aube des années 2010.

Dostoïevski et une volonté d'écrire une saga familiale l'accompagnent dans sa démarche d'écrivain. Il s'empare également des événements qui ont touché la France depuis le début du XXIe siècle : émeutes, terrorisme, radicalisme, crise identitaire.

Dans "404", j’ai choisi une présidente centriste et populiste. Elle réussit un alliage des deux.

A présent, Sabri Louatah réside aux Etats-Unis avec sa femme et son fils né en 2019. A New York, puis à Philadelphie et enfin à Chicago où ils ont élu résidence, l'écrivain confie y être considéré comme "un blanc" et ne plus subir le climat raciste omniprésent en France.

Alors qu'il grandit en l'absence de livres,

il se confectionne une culture à base de références puisées dans des séries télévisées regardées en famille : Urgences, La petite maison dans la prairie, Code Quantum, les grands show-runners états-uniens stimulent son appétence pour la fiction, l'intrigue, le rythme.

Il considère par ailleurs la fiction comme l'écriture d'un nouveau roman national où s'entrechoquent les notions multiraciales, multiculturelles et multiethniques. Et se revendique comme auteur du XIXe siècle plutôt que d'un XXe ou XXIe siècle trop enclins à "tout transformer en idée" selon ses termes.

Au début, je voulais raconter dans "404" l’idée d’une technologie folle qui fait s’enflammer une société.

C'est en écrivant dix heures par jour dans un appartement d'une tour de Beaugrenelle (quand il vivait encore en France) que Sabri Louatah a donné naissance aux quatre tomes volumineux des Sauvages.

Dans cette saga qui mêle politique-fiction et thriller d'espionnage aux nuances morales,

Sabri Louatah caricature le "démon identitaire" qui fond sur la France au lendemain d'élections qui ont mis à la tête du pays un Président kabyle.

On est un pays multiculturel qui se voit comme un pays homogène.

L'intrigue, riche et haletante, a récemment séduit Canal avec une adaptation de Rebecca Zlotowkski. S'inspirant des séries américaines telles que The Wire ou encore Les Soprano, l'idée était de diffuser l'atmosphère des livres au-delà de leur support originel et d'en faire profiter le plus grand nombre.

Sommaire

Le président de la République s’est récemment exprimé sur le « communautarisme » qui menace la République. Un thème qui touche à la laïcité, l’immigration, le voile, l’assimilation, la mémoire de la Guerre d’Algérie, tous les échecs et les choses jamais réglées qui font que la France est perpétuellement tendue comme un string…

La campagne des municipales sur Twitter doit compter avec les comptes parodiques des candidats. Des faux comptes revendiqués comme tel. Ou s’arrête la parodie et ou commence la volonté d’influencer l’élection ? Qui se cache derrière ? Et quels risques de confusion ?

Les linguistes se sont mis à étudier les émojis, les petits ronds jaunes qui ponctuent nos SMS et qui en un seul signe traduisent une émotion. Sans eux, la jeune génération peine à interpréter les messages…

Retrouvez toute l'équipe de "Par Jupiter !" avec :

La chronique de Constance : Journée internationale des câlins

Le moment Meurice : Questions pour Sibeth Ndiaye

La chronique littéraire de Juliette Arnaud : Sabri Louatah, 404 (ed. Flammarion)

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