Ce soir accrochez vos cœurs fermement. Il se pourrait qu'on y love en vrac et en bouquet palpitations, pulsations et papillons. Aujourd'hui on va écouter tout ce que l'amour a à nous dire en mélodie. "Paroles Paroles" épisode 9, c'est maintenant c'est parti.

Juliette Greco interprète "Un petit Poisson, un petit Oiseau"

Un petit poisson un petit oiseau ou l'histoire d'un amour impossible chantée en 1966 par Juliette Gréco. Un texte co-écrit par Gérard Bourgeois & Jean-Max Rivière. Un titre qui est paru sur l’album "A l'Olympia", édité pour la première fois en 1965, sur la Face A d'un 45 T. Et Face B on pouvait y entendre « A contre cœur ». 

Derrière ce premier abord enfantin, il y a tout ce que l'amour empêche parfois. D'ailleurs, niveau texte à double sens ou cachant bien son jeu, Juliette Gréco n'est pas une novice.  Elle affirme que la chanson  "c'est son amant, son amour, sa passion. La possibilité miraculeuse de contact avec les autres..."

A l'amour impossible nul n'est tenu.

"Je voulais te dire que je t'attends" entonne Michel Jonasz

On dirait presque un appel à l'aide. En espérant de tout cœur que ces mots criés comme un S.O.S. soient parvenus jusqu'aux oreilles de l'être aimé tant attendu.

A la fin du printemps 1976, Je voulais te dire que je t'attends est le 45t qui tourne en boucle sur toutes les platines. Une chanson mélancolique qui confortera le succès de l'artiste déjà bien lancé avec  Dites-moi et Les vacances au bord de la mer sortis respectivement deux ans et un an plus tôt. 

Pourtant même si sa carrière semble prometteuse, Michel Jonasz n'est pas du tout en phase avec ce début de prospérité. Il a du mal à s'intégrer dans la logique du show-business qu'il ne comprend pas. Alors s'ouvre une période où il cherche à se recentrer, cherche le silence. Il s'enferme chez lui, compose. Et là il repense à son enfance, au bonheur passé, à ces fins de repas en famille où on chante des chansons tziganes qui font pleurer les grands et les petits. Bref il a le blues. En tout cas suffisamment de mélancolie pour composer ce titre un soir de printemps sur son piano. C'est l'auteur  Pierre Grosz qui lui écrira un texte sur mesure qui traversera les continents et les océans jusqu'à se retrouver sur la quatrième piste de l'album Pastiche du  quatuor de jazz américain The Manhattan Transfer deux ans plus tard.

Lomepal chante "Yeux disent"

Il paraît que tout est dans le regard et que les yeux sont le miroir de l'âme. _Yeux disen_t ou la philosophie amoureuse de Lomepal. Lui, avant les yeux il est passé par la planche. Il est devenu rappeur par le biais du skate, sa première passion à cause de laquelle il s'est déjà -paraît-il- tout cassé cinq fois. Puis un jour le monde découvre une pochette de disque sur fond rose poudré. Dessus, le visage de Lomepal, carré vaporeux projeté sur son épaule gauche, longues boucles d'oreilles, le maquillage ayant coulé dessous son regard lointain et un peu triste. Cette image de lui travesti en femme vient mettre un grand coup de pied à tous les clichés ultra-masculino-masculins du rap. 

C'est là, à cet endroit que Lomepal insuffle un air nouveau. Ça n'est pour lui ni rabaissant ni machiste. Il dira que la pochette traduit exactement l'album, qu'elle reflète un truc un peu fragile du mec qui cherche son identité. Toute la métaphore existe justement dans cette ambivalence : se travestir et rapper. Il aime le mélange, les contraires, la dualité, les forces qui s'opposent et s'attirent. Son album FLIP est celui d'un rappeur mais aussi d'un skateur. C'est le nom d'une figure de skate qu'il attendait de savoir maîtriser à la perfection avant de pouvoir l'évoquer dans sa musique. Pour lui FLIP c'est un mix de cultures. Celle du skate avec celle du rock, un peu de chanson française et ses influences rap.

Dessous ses airs de pas y toucher, l’amour resterait son jeu favori, car il lui apporterait tout ce dont il a besoin : le risque, l’affection et la confiance en lui. Avec cet album Lomepal marque un tournant, s'affiche et revendique sa fragilité, sa vulnérabilité. Il assume absolument son personnage torturé et pathétique en constante recherche de reconnaissance et de tendresse.

La délicate déclaration d'Amadou et Mariam "Je Pense à toi"

« Si je ne te vois pas, je ne peux rien dire / Y'en a qui t'ont promis la Lune / Et moi je n'ai rien que ma pauvre guitare » 

Vous avez demandé l'amour, ne quittez pas, nous allons vous répondre dans quelques instants. Amadou & Mariam, je pense à toi.

Une chanson gravée sur l'album Sou ni tilé (entendez « Nuit et jour » en bambara) sorti en 1998. Ils chantent aussi en français et tamasheq, la langue touareg, pour transmettre, disent-ils, un message fédérateur.

Un titre qu'on pouvait entendre d'abord édité sous forme de cassette audio au Mali. Et puis en 1997, le couple malien vient en France pour y expandre sa musique et là sort donc cette cassette en version album, reprenant pas mal de titres anciens. Dont Mon amour ma chérie qui les fait connaître très rapidement.

C'est une chanson d’amour par excellence, qui projette le chanteur dans la peau d’un homme à qui sa muse manque terriblement. Peut-être un titre autobiographique ?

Allez savoir, l'amour a des vertus que la vertu ne connaît pas ou peut-être faudrait-il remplacer le mot « vertu » par le mot « raison »... ?

William Sheller susurre qu'il voudrait être "Un Homme heureux"

Alors que certains auraient pu crier ou chanter "Moi j'veux être un homme malheureux", William Sheller, lui, affirme qu'il veut être heureux. 

Quand il était petit, il ne l'était pas vraiment -heureux-. Il vivait aux Etats Unis où il a pu côtoyer de grands musiciens de jazz américains, amis de la famille. On l’oblige à écouter assis sans bouger ni parler pour ne pas  déranger... ce qui fera naître en lui une absolue et définitive répulsion pour le jazz. 

A 7 ans, il rentre en France, où il est pris en charge par sa grand-mère, ouvreuse au théâtre des Champs-Élysées et son grand-père, chef décorateur à l'Opéra Garnier, qui lui permettent d’assister à des centaines de spectacles, côté salle, côté coulisses. Si bien qu’à dix ans, William a déjà décidé de son destin : il veut devenir « un petit Beethoven, sinon rien ». 

C'est ainsi qu'on retrouve le petit William en 1991, il sort Sheller en solitaire un album enregistré devant un public de 200 personnes. Essentiellement composé de reprises, cet album recèle un seul inédit et quel inédit... "Un Homme heureux". Objet réputé invendable, à contre-courant total du paysage musical du moment, mais qui contre toute attente, rencontre un succès commercial phénoménal : l'album  sera écoulé à 300000 exemplaires et certifié disque de platine. L'opus est sacré « meilleur album de l'année » et la chanson elle, « meilleure chanson de l'année » aux Victoires de la musique en 1992. 

Sheller évoque pourtant la création de cette chanson tel un concours de circonstances : « C’est toujours un peu mystérieux, la façon dont viennent les chansons. Parfois, elles naissent de situations très banales. Pour celle-là, je me souviens qu’au tout début, je suis parti un matin manger des huîtres à Deauville, avec une amie. Quand je suis revenu dans l’après-midi, un peu pompette, j’avais en tête un vague petit bout de mélodie, je me suis mis au piano et petit à petit, toute la mélodie est venue. J’avais juste la phrase «je veux être un homme heureux». Et puis je suis tombé sur un article de journal qui disait que les vieux couples, ceux qui arrivaient à vivre ensemble jusqu’à la vieillesse, finissaient par se ressembler physiquement. J’ai tiré le fil et le texte est né. Je ne pensais pas qu’une chanson sur un album enregistré seul au piano aurait un tel impact. D’ailleurs, personne n’y croyait ; ma maison de disques pensait que ça ne marcherait jamais parce que c’était une chanson triste. Mais au contraire, c’est une chanson pleine d’espoir." 

Comme quoi l'aspiration au bonheur aura eu de belles vertus...

Flavien Berger joue sur la corde raide avec "Gravité"

Flavien Berger se dévoile grand manipulateur de sons, de genres (rock, pop, electro, variété) et de mots, avec un vocabulaire qui passe allégrement du «vous» au «tu» dans une seule et même déclaration à l'être aimé, Gravité.

On est en 2015, il a 28 ans et son album c'est Léviathan.

Un projet qu'il a conçu comme une descente profonde dans les abysses d’une idylle amoureuse. Seul titre de trois minutes alors que les autres en comptent six ou quinze. Ce premier album nous mène vers l'imagination et l'abstraction. L'image est l'objet qui domine tout.

D'ailleurs c'est Céline Devaux, réalisatrice, scénariste, monteuse émérite dans le milieu du film d’animation et pour laquelle Flavien Berger a déjà signé des BO pour ses court-métrages, qui imagine le clip. Elle oscille entre nuages & fesses nues, images réelles & dessins croqués. C'est bucolique, mélancolique, poétique.

Flavien Berger surprend, interpelle, charme, et son début appelle une suite.

Programmation musicale

  • JULIETTE GRECO - Un petit poisson un petit oiseau
  • BONNIE BANANE - La Lune et le soleil
  • MICHEL JONASZ - Je voulais te dire que je t'attends
  • HERVE - Rodéo
  • LOMEPAL - Yeux disent 
  • FRANCOIS & THE ATLAS MOUNTAINS - Coucou
  • AMADOU ET MARIAM - Je pense à toi
  • LA FEMME - Le Sang de mon prochain
  • WILLIAM SHELLER - Un Homme heureux
  • L'IMPERATRICE - Hématome
  • FLAVIEN BERGER - Gravité
  • LAURA CAHEN - La Jetée

Archives sonores

  • Juliette Gréco : «L'invité» de TV5 Monde, animé par Patrick Simonin
  • Michel Jonasz : émission "C a Vous" - France 5 - le 28 octobre 2019 - "Le grand retour de Michel Jonasz" 
  • Lomepal : Konbini, « Le jour où elle m’a envoyé un CV pour coucher avec moi » - 21 novembre 2019
  • Amadou & Mariam :  L'invité de TV5MONDE présenté par Patrick SIMONIN - le 9 juillet 2013
  • Amadou & Mariam : L’invité de TV5Monde - le 7 juin 2009
  • La Femme : Vanity Fair le 8 janvier 2021 
  • William Sheller : «L'invité» de TV5Monde animé par Patrick Simonin - 15 juin 2016

Film Cyrano de Bergerac de Jean-Paul Rappeneau, 1990

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