Aujourd'hui tous les chats son gris. On attend la pénombre pour faire tomber la mélodie. Paroles Paroles épisode 11, la nuit c'est maintenant c'est parti.

"La Nuit je mens" nous confie Alain Bashung

Beauté pure. La nuit je mens, un titre pioché dans son album Fantaisie Militaire sorti en 1998. Pendant toute la construction du projet Bashung a pensé à une image qu'il avait vue à la télévision. Celle d'un militaire au Rwanda qui déchirait son béret avec son couteau. Il pleurait et apparemment, il ne savait plus quoi décider. Il était dans le désarroi le plus complet. Et de voir un militaire faire ça... Voir que ce genre de personne peut craquer. Cela veut dire que sa tête est farcie de contradictions, de paradoxes... Bashung voulait explorer ce paradoxe. Avec Jean Fauque, son parolier, ils ambitionnaient de faire aussi un truc sur l'héroïsme un peu bidon. Lui avait une ébauche de texte qui s’intitulait ‘Vercors’, dont il n’a gardé que la première phrase. Pour le reste ils ont pioché dans le vocabulaire des jeux du cirque, pour parler d’un homme dont la femme est partie et qui tente de la reconquérir en essayant de passer pour un héros. Après c'est du collage. Fauque écrit de longs textes et Bashung les découpe.  Retire des éléments de compréhension, de narration, il garde des vers grammaticalement bancals, il emploie des mots pour la sensation qu’ils provoquent, pour les images qu'ils font jaillir.

Pétula Clark interprète "La Nuit n'en finit plus"

La nuit comme un endroit de solitude. Pétula Clark comptait les minutes qui la séparaient du jour suivant. On est en 1963, l'année qui signe les prémisses du succès de la jeune anglaise en France. Elle n'a pas encore sorti La Gadoue mais s'est déjà fait connaître avec Garde-moi la dernière danse. C'est la décennie au cours de laquelle elle va inspirer Jacques Brel. Pétula Clark est enceinte, ils partagent une tournée ensemble en Belgique et un soir Brel sort de scène, lui tend un papier et lui dit « tiens, un cadeau ». C'était la chanson Un Enfant. Plus tard Gainsbourg écrira aussi pour elle.

Ici avec La Nuit n'en finit plus, ni Brel ni Gainsbourg mais Jack Nitzsche et Sonny Bono. 

Mano Negro entonne sa "Ronde de nuit"

Patchanka le cri de la Mano Negra. Enfin Patchanka c'est l'album là on écoutait Ronde de nuit. C'est un appel à la préservation des lieux undergrounds de la ville de Paris. 

Patchanka c'est aussi le nom de la musique de la Mano. Un mélange de rock, salsa, raï, reggae et rap. Manu Chao dit que c'est de la musette avec des paroles apaches et l'esprit chorizo. On est en 1987 et après la dissolution de son groupe précédent, Hot Pants, Manu Chao rassemble autour de lui son frère, Tonio Chao à la trompette, son cousin Santiago Casariego à la batterie et puis débauche bassiste guitariste percussionniste et claviériste dans d'autres groupes de la scène alternative pour grossir les rangs de ce qui deviendra le phénomène rock de la décennie.

Ronde de  nuit ce n'est peut-être pas le morceau qui fait exploser la Mano Negra (ça c'est plutôt Mala Vida) mais c'est vraiment un titre qui porte déjà toute la rage du groupe et aussi d'une époque. La chanson essaie de réveiller une France endormie par un début de second septennat mitterrandien. Le groupe veut défendre la scène alternative, veut faire reconnaître aux politiques la vivacité de la culture underground. Et puis tout simplement c'est un collectif qui milite pour une vie nocturne bien plus animée.

Partons pour "3 Nuits par semaine" avec Indochine

« Il n'y avait pas à attiser le désir. Il était déjà là dès le premier regard ou bien il n'avait jamais existé. Il était l'intelligence immédiate du rapport de sexualité ou bien il n'était rien. » 

L'Amant de Marguerite Duras. Un texte fondateur, érotique et sensuel qui aura inspiré son nom à Indochine et aussi son titre 3 nuits par semaine. Une chanson parue sur l'album 3 en 1985. Et aussi sur la face B de 3e sexe la même année. 

3, un chiffre et un symbole qui reviennent tout au long de l'album, qui est aussi le 3e du groupe. Celui présenté comme le projet de la maturité. Le 3 est synonyme d'expansion, de créativité et de perfection. Et c'est bien l'album de la consécration. Celui qui voit toute une génération reprendre en chœur 3e sexe, un hymne à la tolérance vestimentaire et sexuelle, un appel au droit à la différence, puis aussi Canary Bay qui évoque l'homosexualité féminine et enfin 3 nuits par semaine.

Et puis c'est Gainsbourg qui réalise le clip du dernier titre de l'album Tes yeux noirs. Nicola Sirkis raconte que quand il est arrivé chez Gainsbourg, Gainsbourg a fait tourné le morceau en boucle et hyper fort sur sa platine puis il s'est mis à rire, à grimper sur le canapé en disant « j'veux le faire, tu vas pas être déçu mon p'tit gars » Le clip a été tourné en trois jours et deux nuits en studio et à la gare de l'Est. Et Gainsbourg aura passé tout ce temps-là à leur hurler « faites-moi bander ! »

Direction le "Paradis" avec Orelsan

La passé, le présent, le futur et surtout l'amour. Orelsan chantait Paradis. Un titre de son album La Fête est finie sorti en 2017. Une espèce d'opus assez sombre mais surpuissant. Il y a mis tous ses doutes, tous ses questionnements, tout ce qui, dans son rapport au monde et à la célébrité, le malmenait, le traumatisait. 

Et dans cette chanson d'amour résonne un fond de cynisme. « la réponse à toutes mes questions s'endort à mes côtés ». A l'image, pour le clip, celle qui s'endort à côté d'Orelsan c'est l'actrice Golshifteh Farahani. Tous les deux plongent dans un rêve paradisiaque, peuplé de baleines, de dauphins et de papillons qui se rejoignent dans un monde fantastique fait de grands espaces et de nature verdoyante.

Une nuit mélancolique et sublime.

Bertrand Belin nous accompagne dans une "Hypernuit" troublante

Une autre image de la nuit qui devient Hyper sous la voix de Bertrand Belin. Un souvenir de 2010 dans son album qui porte alors le nom de sa chanson Hypernuit Pour cette traversée Bertrand Belin n'a pas voulu écrire l'intégralité des textes. Il est arrivé en studio devant le micro avec des bribes, simplement des morceaux de phrases collés les uns aux autres et au milieu de tout ça il a improvisé. C'est ce qui donne ce verbe plein de paysages, d'animaux, de promesse de désastre, d'images qui sont comme autant de petits bouts d'histoire que chacun peut interpréter, recevoir avec sa propre perception, son propre imaginaire. Comme au pays des rêves.

La nuit ne fait que commencer.

Programmation musicale

  • ALAIN BASHUNG - La Nuit je mens
  • VLADIMIR CAUCHEMAR & BENJAMIN EPPS - Blizzard
  • PETULA CLARK - La Nuit n'en finit pas
  • MAILK DJOUDI & LALA&CE - Point sensible
  • MANO NEGRA - Ronde de nuit
  • EMMA PERTERS - Fous
  • INDOCHINE - 3 nuits par semaine
  • YNDI - Noir Brésil
  • ORELSAN - Paradis
  • KCIDY - Souterrains
  • BERTRAND BELIN - Hypernuit
  • BENJAMIN BIOLAY - Papillon noir

Archives sonores

  • Alain Bashung : JT - France 2 - 11 juin 2004 - «Alain Bashung "Je suis un autiste compositeur" 
  • Jackie de Shannon : Extrait de "Needles and Pins"
  • Mano Negra : émission "Mon Zénith à moi" présenté par Michel Denisot  - Canal - 1992
  • Indochine : Nicola Sirkis interview par Michel Denisot Podacst - Chaîne Youtube Lala Sirkis - 15 mai 2021 - 
  • Orelsan : émission Quotidien - TF1 - «Invité : Pour Orelsan, la fête est finie», 20 octobre 2017
  • Benjamin Biolay - _Retiens la nuit - "_On a tous quelque chose de Johnny" - Chaîne youtube de Benjamin Biolay.
  • Bourvil : extrait de "Berceuse à Frédéric"
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