De Baudelaire à Rimbaud en passant par Aragon, embarquez sur notre arche poétique pour un déluge d'alexandrins et de rimes riches en émotions.

Serge Gainsbourg distille "Le Serpent qui danse"

Art  majeur et art mineur. Le conflit entre Guy Béart et Serge Gainsbourg. On plongeait dans l’album "Serge Gainsbourg n°4" sorti le 23 mai 1962. Une œuvre qu’il considère comme - mineure sans doute- mais en tout cas de transition. Gainsbourg n'est pas encore sorti de ce qu’il appellera sa période bleue. Le jazz prédomine, la musique classique n'est jamais bien loin mais c'est le moment où il tombe en amour avec les rythmes latins.  

Ici il piochait dans Spleen et idéal lové au cœur des "Fleurs du Mal" de Charles Baudelaire. En 1857,  le poète évoquait sous ces mots, sa maîtresse, Jeanne Duval. Pauvre Jeanne assimilée par métaphore à un serpent qui danse. Ce pourrait être joli mais cette animalisation la rapproche du symbole tentateur et maléfique. Jeanne et son corps fascinant incitent aux péchés.  

La littérature a toujours été un socle pour Gainsbourg. Particulièrement celle du XIXe. Dans ses Pensées il écrivait : « Je vais essayer de rejoindre Rimbaud, je veux l’approcher... Un jour je le retrouverai, quelque part en Abyssinie, où il faisait le trafic des armes et de l’or...»  

Est-ce qu’on a le droit de dire que Gainsbourg a réussi son «alchimie du verbe» ? Qu’il a changé son «art mineur» en art majeur et transmuté la chanson en poésie ? Peut-être qu’on a le droit, peut-être pas...

Michel Houellebecq scande "Présence humaine"

Présence humaine c’est aussi le nom de l’album qu'on pourrait  décrire comme une mise en situation sonore de poèmes de Michel Houellebecq. Tous sont en effet des extraits  de Rester Vivant, Le Sens du Combat et Renaissance. Houellebecq scande avec monotonie tout au long de l’album les vers nus de sa ou ses poésie(s). Il aime à faire l’éloge de la banalité hantée par le mal-être et la malbaise.

Le projet a été imaginé, mis en musique et produit par Bertrand Burgalat, l’homme qui tente des expériences mélodiques toutes plus étonnantes les unes que les autres avec son label Tricatel. Dès 1995, Burgalat avait eu cette idée mais à cette époque, le battage médiatique autour de "Extension du domaine de la lutte" et "Particules élémentaires", deux romans phares de Houellebecq, rendra le projet de disque provisoirement impossible. Pourtant en  1997, ils tentent la sortie d’un titre au Japon, sur une compilation Tricatel. Séjour-Club passe inaperçu.

Les années passent et 2000 sera le nombre rond qui verra enfin la sortie officielle du projet. Niveau concert c’est plutôt compliqué ; nouvelle figure médiatique ingérable en sortie d’album, Houellebecq va jusqu’à planter ses musiciens sur la tournée allemande pour s’offrir une échappée avinée en boite échangiste. Qu’importe, l’objet existe et Bertrand Burgalat en est fier. Il déclare même qu’ensemble, avec Houellebeq, ils ont créé le rap mou. L’écrivain et ses livres auront eux-mêmes été des inspirations pour Iggy Pop et Jean-Louis Aubert.  

Camille nous envoute de son "Je ne mâche pas mes mots"

Camille  ne mâche pas ses mots

Extrait de son album "Ouï "qui d’ailleurs sortira aussi avec 2 i et 2 ¨ dans une nouvelle version avec des arrangements différents. On est douze ans après "Le Fil," son album au concept étonnant, construit sur une seule note, un "si" en l'occurrence, qui forme un long soliloque du début à la fin de l'album.

2017 donc. Cette fois-ci pour "Ouï" pas de "si" mais un "la", seulement un "la" différent. Non pas accordé à 440HZ comme l’exigent les normes internationales, non, un "la" accordé à 432HZ. Ça serait la fréquence idéale pour être plus en communion, harmonie, osmose et accord avec les éléments de la nature et de l’univers.

"Ouï" a failli s'appeler "Non" Camille s’en explique en disant que " la vie est faite de paradoxes, et que les non peuvent donner des oui... que la résistance, ça peut être un oui. Que le plus grand oui, c'est l'écoute. L'écoute de soi, l'écoute des autres, c’est cette ouverture-là, qu’elle trouve dans la musique" 

Quant à la poésie, elle aurait selon Camille, "le pouvoir de nous sauver de tout et de nous rendre heureux".

MC Solaar nous présente "Caroline"

On ne pouvait pas parler poésie sans évoquer MC Solaar

Il est celui qui illumine le verbe ici avec Caroline souvenir de 1999. Un titre mis à l’abri et préservé dans son premier album "Qui sème le vent récolte le tempo".  C’est à ce moment-là qu’il apparaît comme l’un des précurseurs du rap français même si aujourd’hui encore, 30 ans plus tard, il y a débat et que l’événement ne sera jamais clos.

Claude MC aurait emprunté au prophète Osée son proverbe biblique qui sème le vent récolte la tempête. En lieu et place de tempête & tempo Caroline demeure l'un des plus gros cartons de l'histoire du rap français, avec plus d'un million d'exemplaires écoulés.  L’histoire ne dira jamais si Caro a existé ou si elle est tout droit sortie de l’imagination de MC Solaar.

Le succès de la chanson au-delà même du texte est lié aux arrangements de Jimmy Jay. Les violons, la flûte, la ligne de basse font de “Caroline” la première grande chanson d'amour du rap français. Et c’est bien à cause de l’amour que le bas blesse. Joey Starr & Kool Shen disent de Solaar qu’il "variétise" le rap. Tiens « variétise » en voilà un mot pour étoffer notre vocabulaire. Une étude a montré que justement, le vocabulaire de MC Solaar était le plus riche parmi les rappeurs français. Un étudiant a tout compté, décortiqué : 7 691 mots différents pour MC Solaar et moins de 6000 pour Booba, Rohff ou Orelsan...

Brigitte Fontaine nous offre  "Il Pleut"

"Brigitte Fontaine est... folle  ? " Bienvenue en 1968 ! Sur la pochette du disque on découvre un collage entre une peinture de Maurice Tapiero inspirée des tableaux de Jérôme Bosch et une photo de Brigitte F découpée en forme de point d'interrogation. Le séisme du mois de mai a tout envoyé valser. Cette fois c'est avéré, la période Yéyé est morte et enterrée. Le twist n’est plus à la mode. On va bientôt passer mais sans le savoir encore, à l’ère Kéké.

Deux ans auparavant, Brigitte Fontaine avait déjà sorti un disque passé totalement inaperçu intitulé "13 chansons décadentes et fantasmagoriques", qu'elle considère comme un premier essai qui n'a pas sa place dans sa discographie. Disons donc que "Brigitte Fontaine est…folle?" serait sa première œuvre revendiquée comme telle et elle peut se targuer d'être la première réelle grosse sortie discographique des éditions Savarah fondées par Pierre Barouh. Et ce titre lui colle encore à la peau plus de 50 ans après. Elle dit qu’elle y voyait juste un petit truc écrit dans une cour d'école genre "Emile est un con". Mais que ça la poursuit encore aujourd'hui.  

"Tu n'en reviendras pas" chante Léo Ferré

Après un album entièrement consacré à Baudelaire sorti en 1957, quatre ans plus tard Léo Ferré revient à la poésie et choisit cette fois-ci les mots d’Aragon qu’il va piocher dans son "Roman Inachevé".

Une œuvre que Ferré découvre au hasard dans une librairie de St Germain des Prés. Il est conquis immédiatement par cette poésie qu’il trouve lyrique et chantante. Catherine Sauvage, son amie chanteuse, lui présente Aragon qui est son contemporain. Un soir, devant lui et Elsa Triolet, il joue quelques airs au piano pour exposer son projet au poète et lui demander son aval. "Est-ce que je peux mettre en musique vos poèmes Monsieur Aragon ?" Et Louis de répondre. "C’est bon, oui, vous pouvez y aller".

Programmation musicale

  • SERGE GAINSBOURG - Le Serpent qui danse
  • LUV RESVAL - Tout s'en va
  • MICHEL HOUELLEBECQ  - Présence humaine
  • BONNIE BANANE - Cha cha cha
  • CAMILLE - Je ne mâche pas mes mots
  • FRANCOIZ BREUT - Dérives urbaines dans la ville cannibale 
  • MC SOLAAR - Caroline
  • FRANCOIS AND THE ATLAS MOUNTAIN  - Revu
  • BRIGITTE FONTAINE - Il pleut
  • THE LIMINIANAS - Saul
  • LEO FERRE - Tu n'en reviendras pas
  • BENJAMIN BIOLAY - Souviens-toi l'été dernier

Archives sonores

  • Antenne 2 - Emission "Apostrophes" présentée par Bernard Pivot le 26 décembre 1986 - Altercation entre Serge Gainsbourg et Guy Béart - Archive INA
  • Chaîne Youtube de TricatelVision - octobre 2000 - Bertrand Burgalat & Michel Houellebecq en tournée parlant de leur album,  "Présence Humaine" pour la TV allemande.
  • Interview  de Bonnie Banane par Emilie Blon-Metzinger en reportage aux Francofolies de La Rochelle le 13 juillet 2021.
  • Konbini - Entretien de MC Solaar par Rachid Majdoub - "l'interview qui pique ton cœur"
  • France Culture - émission "Le Réveil culturel" par Tewfik Hakem le 11 mars 2019 - Brigitte Fontaine : "La poésie, j'appelle ça du soul blabla"
  • Antenne 2 - Emission "Apostrophes" - Léo Ferré : "J'ai écrit "Avec le temps" en 2h" - Archive INA
L'équipe
Thèmes associés