Pour nous emmener en voyage, le musicien a choisi une photo en noir et blanc prise par Emile Zola d'un couple de tsiganes. Elle le ramène à son histoire familiale, car il y a toujours eu des tsiganes autour de cette famille de musiciens d'Europe de l'Est.

Eric Slabiak en 2013
Eric Slabiak en 2013 © Maxppp / Frédéric Dugit

Eric Slabiak : "J'ai choisi une photo sur laquelle pose un couple de bohémiens. Ils sont adossés à une fontaine de pierre. Autour d'eux, on devine un environnement bourgeois. Ce couple au teint mat, habillé de vêtements usés, dans une pose nonchalante, contraste avec le décor. La jeune femme a une main sur sa hanche et pose sa tête sur l'épaule du jeune homme. L'un et l'autre sont très beaux, ils paraissent libres. Leur regard est profond et porte loin, leurs cheveux sont foncés et brillants. Ils sont peut-être frère et sœur, amants, amis... Je les aime beaucoup, ils sont entrés dans mon appartement il y a 2 ans environ. Je les regarde presque tous les jours.

C'est une photo en Noir et Blanc tirant sur le Sépia

Les deux personnages qui posent sur cette photo que l'on m'a offerte, (c'est un des plus beaux cadeaux que j'ai reçu), me fascinent autant que celui qui est derrière l'objectif. Il s'agit d'Emile Zola dont j'ai appris qu'il était un photographe passionné. C'est même lui qui a développé l'exemplaire que je possède. La photo est titrée au dos : « Couple de Bohémiens » et elle date de 1894. C'est émouvant et précieux. Des tziganes qui posent pour Émile Zola, dans le jardin de sa propriété de Médan dans les Yvelines en 1894, ça me fascine, je voyage dans le temps, dans l'histoire, dans la littérature d'un grand écrivain et humaniste.

Grace à eux trois, je voyage également dans mon histoire familiale car il y a eu, il y a et il y aura toujours des tziganes autour de nous. 

Mon oncle qui était violoniste de jazz et de musique d'europe de l'est a joué toute sa vie avec des tziganes dont Joseph Reinhardt, Babik le fils de Django, les Weiss cousins des Reinhardt et bien d'autres puis ensuite les chanteuses et chanteurs Valia et Aliocha Dimitrievitch, Volodia Poliakoff, Lida Goulesco dans les cabarets Raspoutine, Shéhérazade, Dinnerzade etc...

Ma grand-mère qui tenait une boulangerie dans le Marais à Paris, recevait tout ce monde dans l'arrière boutique des après-midi entiers, elle leur offrait thé, café et pâtisseries, et eux jouaient de la musique, chantaient et s'amusaient. J'ai toujours aimé que mon père me décrive ces moments fascinant qu'il avait vécu.

Dans les années 90, j'ai joué à mon tour avec quelques uns de ces artistes tziganes que j'aime profondément, il restait très peu de cabarets mais j'ai pu joué chez Raspoutine et à l'Étoile de Moscou entre autre.

Lorsque je regarde ce couple de bohémiens sur la photo prise par Émile Zola, je vois dans leurs regards des routes et des paysages à l'infini, des décors qui changent souvent, beaucoup de rencontres peut-être, des intempéries, la nature, des odeurs de champs, des champs secs, des champs mouillés, des jardins secs, des jardins mouillés, des fleurs, des arbres, des villes, des saisons, des régions. 

Des « premières fois », il doit y en avoir beaucoup des premières fois lorsqu'on voyage et j'aime les premières fois."

La photo du couple de bohémiens prise par Emile Zola
La photo du couple de bohémiens prise par Emile Zola © Radio France / Eric Slabiak
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